Auteur

Clément Rosset

La fausse sécurité est plus que l'alliée de l'illusion, elle en constitue la substance même.
Ce serait un moindre mal de mourir si l'on pouvait tenir pour assuré qu'on a du moins vécu.
Ce «qui» en vous refoule est beaucoup plus angoissant que ce «que» vous refoulez.
La superstition demande des causes, alors que le propre de la raison véritable est de découvrir que les choses sont sans cause et de déceler, dans le voeu causal, la racine de l'angoisse religieuse.
C'est un des mystères attachés à la condition humaine, et la définition de sa folie essentielle, que le domaine de l'inexistant ait presque toujours la part la plus belle par rapport au domaine de l'existant.
L'ombre, le reflet et l'écho sont les attributs obligés de tout objet réel, quelle qu'en soit la nature; s'ils viennent à manquer, ... ils déboutent par leur absence n'importe quel objet d'une prétention à la réalité.
On peut assurément soutenir que le fait de donner raison au réel constitue le problème spécifique de la philosophie: en ce sens que c'est son affaire, mais aussi qu'elle n'est, en tant que telle, jamais tout à fait capable d'y faire face.
Un grand penseur est toujours des plus réservés quant à la valeur des vérités qu'il suggère, alors qu'un philosophe médiocre se reconnaît, entre autres choses, à ceci qu'il demeure toujours persuadé de la vérité des inepties qu'il énonce.
Je pense en effet qu'il y a une alliance possible entre la lucidité - la vie est absurde, ridicule - et la joie. Car être heureux, c'est toujours être heureux malgré tout
Être heureux, c'est toujours être heureux malgré tout
Il n'est pas de signe plus sûr de la joie que de ne faire qu'un avec la joie de vivre.
Toute joie parfaite consiste en la joie de vivre, et en elle seule
Une des marques les plus assurées de la joie est, pour user d'un qualificatif aux résonances fâcheuses à bien des égards, son caractère totalitaire. Le régime de la joie est celui du tout ou rien : il n'est de joie que totale ou nulle
Le régime de la joie est celui du tout ou rien : il n'est de joie que totale ou nulle
Aux yeux du penseur tragique, toute logique — dès lors qu'elle ne se limite pas à la non-affirmation — est toujours et déjà d'ordre paranoïaque : il n'y a pas de « délire d'interprétation » qui tienne, puisque toute interprétation est délire.
Le double comme la morale sont deux façons de nier la réalité ou de nier le tragique. Ce sont deux aspects d'un même problème. Le double, c'est l'illusion. A chaque fois que la réalité est indésirable, l'homme a une imagination extraordinairement fertile qui lui fait créer un double qui est comme un rideau qui masque ce que le réel a d'intolérable, d'indigeste, de cru.
La morale a toujours été une manière de dire ce qui doit être et ce qui ne doit pas être, et de se moquer de ce qui est.
Certains se souviennent sans doute de la devise inscrite jadis sur les balances publiques : « Qui souvent se pèse bien se connaît. Qui bien se connaît bien se porte. » J'aurais tendance pour ma part à inverser les termes de cet adage. Qui souvent s'examine n'avance en rien dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte.
Qui souvent s'examine n'avance en rien dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte.
Les questions du type « qui suis-je réellement ? » ou « que fais-je exactement ? » ont toujours été un frein tant à l'existence qu'à l'activité. En bref, l'exercice de la vie implique une certaine inconscience qu'on pourrait définir comme une insouciance du « quant à soi ».
Je n'ai pas besoin d'en appeler à un sentiment d'identité personnelle pour penser et agir de manière particulière et personnelle, toutes choses qui, si je puis dire, s'accomplissent d'elles-mêmes. Je pense même que le souci ou l'inquiétude qui portent à s'interroger sur sa propre personne et sur ce que celle-ci aurait d'inaliénable joue un rôle plutôt inhibiteur dans l'accomplissement de sa personnalité. Les questions du type « qui suis-je réellement ? » ou « que fais-je exactement ? » ont toujours été un frein tant à l'existence qu'à l'activité.
Je ne vois pas un monde de demain différent du monde d'aujourd'hui. Il y a eu une accélération des techniques, mais je ne suis pas sûr que cette accélération continue au même rythme, il est bien possible qu'elle se ralentisse et que nous ayons vu des changements plus spectaculaires que ceux du prochain millénaire
Il y a des domaines où il n'y aura jamais de progrès: l'homme sera toujours mortel, il sera toujours soumis à la maladie. Quant au progrès historique, c'est-à-dire la diminution de la violence, je ne le nie pas tout à fait mais j'aurai un peu la prudence de Kant sur ce point: les choses n'iront pas vite
Je crois en revanche à un progrès de la légalité ; il est possible que l'appareil juridique soit de plus en plus efficace et diminue une part de l'injustice. Mais c'est un progrès qui sera long et qui me semble devoir toucher plutôt les mours que la nature humaine elle-même
Je suis le mot de Tertullien: " Credo quia absurdum ", " Je crois parce que c'est absurde ". Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la conception tragique de la vie peut nourrir le pessimisme mais peut aussi attiser la joie de vivre, en ce que celle-ci peut entendre les raisons de condamner la vie, de maudire toutes les tristesses et les misères qui lui sont attachées, et cependant résister à toutes les raisons qui lui sont contraires. C'est une expérience ultime de la joie.

Œuvres de Clément Rosset

Entretien Lire par Jean Blain le 01/12/1999Impressions fugitives: L'ombre, le reflet, l'écho (2004)L'Anti-nature (1973)L'école du réelLa Force majeureLe Monde de l'éducation, 1999Le Principe de cruauté (1988)Le Réel et son Double (1976)Le Réel: Traité de l'idiotie (1977)Logique du pire (1970)Loin de moiPrincipes de sagesse et de folie (1991)