Auteur

Claude Simon

Les mots possèdent... ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui sans eux resterait épars... Une épingle, un cortège, une ligne d'autobus, un complot, un clown, un chat.
Une de ces agglomérations ou plutôt agglutinations, ou encore archipels de toits comme on en voit de la fenêtre d'un rapide, dériver lentement sur les vertes campagnes.
Les types tranquillement installés comme au tir forain derrière une haie ou un buisson et prenant tout leur temps pour vous ajuster, le vrai casse-pipe en somme ...
Le personnage d'airain debout sur son piédestal de mers et de continents (représentés allégoriquement par les figures de marbre ou de bronze au pied du monument)
Cette partie de lui-même qui diminuait, rapetissait, s'amenuisait à toute vitesse, n'avait plus maintenant que les dimensions et la voix dérisoire d'une minuscule poupée costumée en singe.
Il serait là, solitaire et secoué de spasmes, dans la puanteur ammoniacale, l'âcre odeur d'excréments, de cigare refroidi et de désinfectant.
Ce quelque chose d'indicible qui caractérise les amputés et les infirmes.
Une femme les apostropha avec une sorte de fureur, les injuriant et les poursuivant de ses malédictions.
Il n'y a pas de honte tout le monde croit à quelque chose ou fait semblant mais, faire semblant c'est encore une façon de croire d'ailleurs il n'y a pas moyen de faire autrement sans ça on se tue, tu ne le savais pas?
Vous voyez. Je suis renseignée. On parle beaucoup de vous, vous savez. Z'êtes la grosse attraction.
Un jour ce fusil partira tout seul et tu te feras sauter la cafetière.
Une suite d'os s'accrochant et s'emboîtant bizarrement les uns dans les autres, une suite de vieux ustensiles grinçants et cliquetants, voilà ce qu'était un squelette.
Je fais peut-être une connerie, mais je n'en peux plus.
Fouillant rageusement dans son sac, finissant par en sortir une lettre, une enveloppe toute chiffonnée qu'elle défroissa, aplatit de deux tapes.
L'on pouvait voir à présent le sommet de son crâne légèrement dégarni par une tonsure que les cheveux ne dissimulaient plus.
La désinvolture d'un joueur éparpillant sur le tapis vert une liasse de billets sans se soucier des numéros ou des bandes qu'ils recouvrent.
C'est pas avec des coups de sonnette que t'empêcheras un cheval de trottiner ça fait que le rendre encore plus dingue ...
Qu'est-ce qu'il espérait? qu'après ça elle ne coucherait plus qu'avec lui, qu'elle allait se priver de se faire enfiler par le premier venu.
Je le reconnais: je me suis trompé, fichu dedans, fourré le doigt dans l'oeil, tout ce que vous voudrez.
Quant à ceux qui prétendent aimer les hommes tu peux affirmer sans risquer de te tromper qu'ils sont tout simplement des menteurs non pas des imbéciles ni des illuminés mais des menteurs tout court.
Le communisme n'est qu'une science, c'est seulement un moyen scientifique d'accorder la production à la consommation.
Comme une tache d'encre aux multiples bavures se dénouant et se renouant, glissant sans laisser de traces sur les décombres, les morts.
L'une des branches du grand acacia qui poussait dans le jardin touchait presque le mur, et il pouvait voir les plus proches rameaux éclairés par la lampe, avec leurs feuilles semblables à des plumes palpitant faiblement sur le fond de ténèbres, les folioles ovales teintées d'un vert cru par la lumière électrique remuant par moments comme des aigrettes, comme animées soudain d'un mouvement propre, comme si l'arbre tout entier se réveillait, s'ébrouait, se secouait, après quoi tout s'apaisait et elles reprenaient leur immobilité.
Une coulée de lumière persistait encore entre les berges obscures du canal lorsqu'il le franchit, scintillante, argentine, teintée de jade, contrastant avec l'inerte lueur des globes électriques qui s'allumaient, égrenés le long des quais, éclaboussant de jaune les troncs écaillés des platanes, stagnant au dessus de l'étourdissant et agressif carrousel de phares, de feux rouges, l'inerte et impuissant conglomérat de voitures enchevêtrées se suivant sans avancer autour des palmiers décoratifs.

Œuvres de Claude Simon

L'Acacia (1989)La Route des Flandres (1960)Le Palace (1962)Le Sacre du Printemps (1954)Le Vent (1957)Les Corps conducteurs (1971)