Auteur

Charles Péguy

En moi, autour de moi, dessus moi, sans me demander mon avis tout conspire au-dessus de moi, tout concourt à faire de moi un paysan.
Mais comme on sentait bien que cette joie de fièvre et d'amère indignation n'était pas entière, n'était pas son habituelle et innocente joie de convertisseur!
Je serai un vieux cassé, un vieux courbé, un vieux noueux.
La débâcle s'est faite si je puis dire d'un seul tenant, et en moins de quelques années.
La délimitation de ce que les journaux doivent donner à leurs lecteurs et de ce qu'ils ne doivent pas leur donner, de ce qu'ils doivent même refuser, doit coïncider exactement avec la délimitation réelle, de ce qui est vrai d'avec ce qui est faux.
Quand cette paix boiteuse eut été signée, quand M. de Pressensé fut devenu un demi-solde du dreyfusisme, il perdit complètement le nord.
La démocratisation et la fausse démocratisation n'ont conduit qu'à donner aux peuples souverains ou faussement souverains les vices des capitaines.
Celui qui démoralise un peuple peut-être, est même certainement l'auteur direct et la cause épuisante des désastres qui peuvent arriver à ce peuple.
Dans les groupes politiques parlementaire toute parole subit une déperdition, une dépréciation propre, une falsification, une altération propre.
Nous n'avons plus aujourd'hui la barricade discriminante. Nous avons le guichet discriminant.
En ce sens il pouvait dans la fièvre du combat crier la joie amère qu'il avait à voir la société ennemie s'enfoncer ainsi dans sa pourriture et précipiter sa propre ruine.
Ce n'est point une évolution, comme on dit un peu sottement, employant inconsidérément, par un abus lui-même incessant, un des mots du langage moderne qui est devenu lui-même le plus lâche, c'est un approfondissement.
Où a-t-on jamais vu que le clair exclut le profond ou que le profond exclut le clair. Ils s'excluent dans les livres, dans les didactiques, dans les manuels. Ils ne s'excluent ni dans la nature ni dans cette autre nature qu'est la grâce.
Ce sont les peuples au contraire qui font la force et la faiblesse des régimes; et beaucoup moins les régimes, des peuples.
Il y a une paresse universelle, et pour ainsi dire infatigable. C'est le travail qui se fatigue, mais la paresse, mais la fatigue ne se fatigue pas.
Les fondateurs viennent d'abord. Les profiteurs viennent ensuite.
Nous étions autrement fiers, autrement droits, autrement orgueilleux, infiniment fiers, portant haut la tête, infiniment pleins, infiniment gonflés des vertus militaires.
Si affreuses que puissent devenir les misères de la guerre, au moins elles peuvent être compensées. Il y a l'honneur de la guerre. Et il y a la grandeur de la guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, - Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. - Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre. - Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle.
La République une et indivisible, voilà ce qui est sorti de la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. C'est de cette République-là que nous sommes républicains.
Et l'homme, ce monstre d'inquiétude. - Nuit qui réussis à endormir l'homme - Ce puits d'inquiétude. - A lui seul plus inquiet que toute la création ensemble.
Le kantisme a les mains pures; par malheur, il n'a pas de mains.
On ne saura jamais tout ce que la peur de ne pas paraître assez avancé aura fait commettre de lâchetés à nos Français.
La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance.
Il dépend de nous que l'infini ne manque pas du fini. Que le parfait ne manque pas de l'imparfait.

Œuvres de Charles Péguy

ClioDans Tempête sur l'Eglise de Robert Senon.EveEve (1913)Jeanne d'Arc, Troisième partieL'ArgentL'Argent (1913)L'Argent suite (1913)La RépubliqueLa République, notre royaume de FranceLa Tapisserie de Notre-Dame (1913)La Tapisserie de Notre-Dame (1913), Les quatre prières dans la cathédrale de ChartresLa Tapisserie de Notre-Dame, Présentation de la Beauce à Notre-Dame de ChartresLa Tapisserie de Notre-Dame, les Quatre Prières dans la cathédrale de ChartresLe Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910)Le Mystère des Saints Innocents (1912)Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912)Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912), La nuitLe Porche du mystère de la deuxième vertuLes Cahiers de la quinzaine