La vertu que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance.
Celui qui manque trop du pain quotidien n'a plus aucun goût au pain éternel.
Heureux deux amis qui s'aiment assez pour (savoir) se taire ensemble.
La seule force, la seule valeur, la seule dignité de tout; c'est d'être aimé.
Le monde est plein d'honnêtes gens. On les reconnaît à ce qu'ils font les mauvais coups avec plus de maladresse.
Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles.
Un mot n'est pas le même dans un écrivain et dans un autre. L'un se l'arrache du ventre. L'autre le tire de la poche de son pardessus.
Tout est joué avant que nous ayons douze ans.
L'homme qui est poète à vingt ans n'est pas poète, il est homme; s'il est poète après vingt ans, alors il est poète.
Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés - Dans la première argile et la première terre. - Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre. - Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés...
O Meuse inépuisable et douce à mon enfance.
C'est embêtant, dit Dieu. Quand il n'y aura plus ces Français, - Il y a des choses que je fais, il n'y aura plus personne pour les comprendre.
J'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un pécheur qui n'en a pas.
J'ai souvent joué avec l'homme, dit Dieu. Mais quel jeu, c'est un jeu dont je tremble encore.
Je comprends très bien, dit Dieu, qu'on fasse son examen de conscience. C'est un excellent exercice. Il ne faut pas en abuser.
Pauvre être. Je n'aime pas, dit Dieu, l'homme qui ne dort pas.
Aimer, c'est donner raison à l'être aimé qui a tort.
Rien n'est beau comme un enfant qui s'endort en faisant sa prière, dit Dieu.
La mémoire et l'habitude sont les fourriers de la mort.
Homère est nouveau, ce matin, et rien n'est peut-être aussi vieux que le journal d'aujourd'hui.
L'honneur d'un peuple est d'un seul tenant.
Il faut tout de même voir qu'il y a des ordres apparents qui sont les pires désordres.
Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique.
Les patries sont toujours défendues par les gueux, livrées par les riches.
Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance. - Et je n'en reviens pas. - Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout. - Cette petite fille espérance. - Immortelle.
Œuvres de Charles Péguy
ClioDans Tempête sur l'Eglise de Robert Senon.EveEve (1913)Jeanne d'Arc, Troisième partieL'ArgentL'Argent (1913)L'Argent suite (1913)La RépubliqueLa République, notre royaume de FranceLa Tapisserie de Notre-Dame (1913)La Tapisserie de Notre-Dame (1913), Les quatre prières dans la cathédrale de ChartresLa Tapisserie de Notre-Dame, Présentation de la Beauce à Notre-Dame de ChartresLa Tapisserie de Notre-Dame, les Quatre Prières dans la cathédrale de ChartresLe Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910)Le Mystère des Saints Innocents (1912)Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912)Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912), La nuitLe Porche du mystère de la deuxième vertuLes Cahiers de la quinzaine