Auteur

Blaise Pascal

De sorte qu'après tant d'épreuves de leur faiblesse, ils ont jugé plus à propos et plus facile de censurer que de repartir, parce qu'il leur est bien plus aisé de trouver des moines que des raisons.
On vous fera souvenir incontinent du mentiris impudentissime du bon père capucin.
C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part.
Rien n'est si important à l'homme que son état, rien ne lui est si redoutable que l'éternité.
L'imagination dispose de tout, elle fait la beauté, la justice et le bonheur qui est le tout du monde.
Toute la suite des hommes, pendant le cours de tous les siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement.
La vraie morale se moque de la morale, c'est-à-dire que la morale du jugement se moque de la morale de l'esprit - qui est sans règles.
Car enfin qu'est ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout.
Cet oubli que cause l'amour, et cet attachement à ce que l'on aime, font naître des qualités que l'on n'avait pas auparavant. L'on devient magnifique, sans l'avoir jamais été.
Il y a des passions qui resserrent l'âme et qui la rendent immobile et qu'il y en a qui l'agrandissent et la font répandre au dehors.
L'on demande s'il faut aimer. Cela ne se doit pas demander, on le doit sentir. L'on ne délibère point là-dessus, l'on y est porté, et l'on a le plaisir de se tromper quand on consulte.
La netteté d'esprit cause aussi la netteté de la passion ; c'est pourquoi un esprit grand et net aime avec ardeur, et il voit distinctement ce qu'il aime...
En effet, on a beau se cacher, l'on aime toujours. Dans les choses mêmes d'où il semble que l'on ait séparé l'amour, il s'y trouve secrètement et en cachette, et il n'est pas possible que l'homme puisse vivre un moment sans cela.
L'homme n'aime pas à demeurer avec soi ; cependant il aime : Il faut donc qu'il cherche ailleurs de quoi aimer. Il ne le peut trouver que dans la beauté.
La beauté est partagée en mille différentes manières.
A force de parler d'amour, on devient amoureux. Il n'y a rien de si aisé. C'est la passion la plus naturelle à l'homme.
L'amour donne de l'esprit ; il se soutient par l'esprit. Il faut de l'adresse pour aimer. L'on épuise tous les jours les manières de plaire ; cependant il faut plaire, et l'on plaît.
Quoique ce soit une même passion, il y faut de la nouveauté ; l'esprit s'y plait, et qui sait la procurer, sait se faire aimer.
Les femmes aiment à apercevoir une délicatesse dans les hommes, et c'est, ce me semble, l'endroit le plus tendre pour les gagner. L'on est aise de voir que mille autres sont méprisables et qu'il n'y a que nous d'estimables.
Les qualités d'esprit ne s'acquièrent point par l'habitude ; on les perfectionne seulement. De là, il est aisé de voir que la délicatesse est un don de nature, et non pas une acquisition de l'art.
A mesure que l'on a plus d'esprit, l'on trouve plus de beautés originales ; mais il ne faut pas être amoureux, car, quand l'on aime, l'on n'en trouve qu'une.
Tant plus le chemin est long dans l'amour, tant plus un esprit délicat sent de plaisir.
Le premier effet de l'amour, c'est d'inspirer un grand respect ; l'on a de la vénération pour ce que l'on aime. Il est bien juste : on ne reconnaît rien au monde de grand comme cela.
Les auteurs ne nous peuvent pas bien dire les mouvements de l'amour de leurs héros : il faudrait qu'ils fussent héros eux-mêmes.
L'égarement à aimer en divers endroits est aussi monstrueux que l'injustice dans l'esprit.

Œuvres de Blaise Pascal

Chap. XXV - Faiblesse de l’hommeDe l'Esprit géométrique et de l'Art de persuader (1657)De l'esprit géométriqueDiscours sur la condition des grands, IIDiscours sur les passions de l'amourDiscours sur les passions de l'amour (1652-1653)Entretien avec M. de SacyEntretien avec M. de Sacy.Fragment de préface pour le traité du vide (1647)Les provinciales (1656)Les provinciales (1656), 16Les provinciales (1656), 6Les provinciales (1656), IILes provinciales (1656), IIILes provinciales (1656), IXLes provinciales (1656), VILes provinciales (1656), XLes provinciales (1656), XILes provinciales (1656), XIILes provinciales (1656), XV