Auteur

Béatrix Beck

Si je mordais l'hostie j'aurais la bouche pleine de votre sang.
Les intellectuels sont des puits, les artistes sont des sources.
Elle cachait sous sa luxuriante chevelure sombre ses grandes oreilles décollées et non ourlées.
Je pris la décision de ne pas me détruire corporellement. Le suicide est aussi un crime passionnel, remède efficace, certes, mais d'un si naïf mauvais goût. Je m'anéantirais plus subtilement, je vivrais à petit feu.
Dans leur idée, la tour Eiffel était ce qu'il y a de plus beau au monde. Moi je crois que tout ce que les gens font est beau.
On se moque beaucoup des écrivains qui se disent menés par leurs personnages mais ne l'est-on pas en partie, dans la mesure où ils sont la synthèse de nos souvenirs, de nos sentiments, des évènements de notre vie ?
Avoir résisté à l'envie de mourir donne le droit d'aimer la vie. J'ai passé l'âge d'être triste, où l'on croit ne pas faire partie de l'univers. L'expérience change les soupirs en respirations.
L'expérience change les soupirs en respirations.
Soizic s'installe devant le feu, dispose somptueusement sa queue autour d'elle comme une dame d'antan son boa. S'étire. Queue sur l'oeil, devient pirate borgne.
La mère herbe m'a apporté un chaton blotti dans son tablier, vrai patchwork qu'elle tenait relevé à deux mains. Elle a dit : S'appelle Soizic en clignant son oeil unique... J'ai protesté. N'ayant pas de souris, je ne veux pas de chat.
- Monsieur l'abbé, je voudrais vous dire quelque chose, articulai-je avec difficulté. - Il leva vers moi des yeux attentifs. - - Voilà. Je suis flambée. - - Vous êtes flambée ?. - - Oui. Je me convertis. Je suis à vos ordres. - Morin parut consterné…. - - Vous êtes peut-être un peu trop fatiguée, ou sous-alimentée, ces temps-ci. - - Non, je ne suis pas fatiguée, et on vient de toucher des pommes de terre…. - - Elle est complètement braque, cette fille, murmura Morin.
Il pouvait être huit heures du soir. Je revenais d'un village voisin, quand je fus frappée, en passant devant le parc municipal pourtant déjà fermé, d'y voir un groupe d'étranges jeunes hommes, qui s'accrochaient aux grilles pour mieux dévisager les passants. Ils étaient vêtus d'amples capes romantiques, d'amusants petits feutres surmontés d'une haute plume, et avaient l'air de dire : Lancez nous des cacahuètes.
Je marchais dans la silencieuse nuit de Dieu, me hâtant, comme ces ânes arabes aux flancs desquels le maître maintient une plaie toujours saignante, pour les faire mieux avancer.
Ils viennent parce que ça fait bien, un petit coup de messe entre le lit et l'apéro. C'est des chrétiens de la messe de onze heures, ça, des chrétiens du dimanche. L'Église n'a pas de pires ennemis.
Entrer dans l'Église, c'était m'emmurer vive. Accablée de honte, je me souvins d'une phrase entendue autrefois : « Il n'y a plus que des invertis ou des convertis. »
En se dirigeant vers la chaire, il fit un détour et passa à côté de moi. Les yeux baissés, l'air concentré, de la manche de son aube, il me balaya le visage. Ce coup léger, cette presque caresse, me bouleversa. Un goéland, un ange m'avait touchée de son aile, moi terrestre.
Nos prières sont toujours dérision. Il y a tellement de disproportion entre elles et Celui auquel elles s'adressent.
Mon âme me faisait l'effet d'une maison close.
S'il y avait des preuves, tout le monde croirait. Plus besoin même de croire : on saurait, on comprendrait. Ce ne serait plus ici-bas, ce serait déjà le ciel.
Les royaumes passent, les Juifs restent. Personne ne peut rien contre nous.
L'enterrement, ce n'est pas un sacrement, ce n'est rien du tout. On est là pour les vivants, on n'est pas des croque-morts.
La tentation n'existe pas. Être tenté serait convoiter ce qu'on reconnaîtrait mauvais.
Il faudrait des immenses églises ultra-modernes inondées de soleil.
Les croyants et leurs prêtres m'apparaissaient comme un défi. Ils vivaient de monnaie fiduciaire. A moi il fallait de l'or.
Ce sont les bourgeois qui ont fait de la religion l'opium du peuple. Ils l'ont dénaturée à leur profit.

Œuvres de Béatrix Beck

Confidences de gargouille (1998)Cou coupé court toujours (1967)L'Enfant-chat (1984)La Décharge (1979)Léon Morin, prêtre (1952)