Auteur

Antonio Porchia

Quand ta douleur est un peu plus grande que ma douleur, je me sens un peu cruel.
Je me demande depuis mille ans: Que ferai-je maintenant? Et je n'ai pas encore besoin de me repondre.
Nous y étions, la mer et moi. Et la mer était seule et moi, j'étais seul. Un de nous deux manquait.
La fleur que tu as dans tes mains est née aujourd'hui et elle a déjà ton âge.
Plus pleurs que pleurer c'est voir pleurer.
La douleur ne nous suit pas: elle marche en avant.
Oui, suffrir, c'est nécessaire, même en vain, pour ne pas vivre en vain.
Moins on croit être, plus on supporte. Et si on ne croit rien être, on supporte tout.
Personne ne comprend que tu as tout donné. Tu dois en donner plus.
Si je ne croyais pas que le Soleil me regarde un peu, je ne le regarderait pas.
Quand je mourrai, je ne me verai pas mourir, pour la première fois.
Le profond, vu en profondité, est surface.
Si je ne m'oubliais jamais de rien de ce qu'il y a en toi, je ne trouverais jamais rien de nouveau en toi.
Dans une âme pleine il y a du place pour tout et dans une âme vide il n'y a du place pour rien. Qui peut comprendre!
J'ai perdu doublement, parce que j'ai aussi gagné.
Savoir mourir nous coûte la vie.
Quand tu et la vérité me parlent, je n'écoute pas la vérité. Je t'écoute toi.
Petit c'est celui qui pour se montrer, cache.
Je sens que je me repète quand je repète autrui, non quand je me repète moi-même.
On peut sentir ce qui est parfois, pas ce qui est toujours.
Quand je ne serai plus rien, est-ce que je ne serai plus rien? Que je voudrais n'être plus rien quand je ne serai plus rien!
On vit avec l'espérance de pouvoir être un souvenir.
Tout est un peu d'obscurité, jusqu'à la lumière elle-même.
Avant d'aller mon chemin, j'étais mon chemin.
L'enfant montre son jouet, l'homme cache le sien.

Œuvres de Antonio Porchia

AphorismesVoix (1949)Voix (1978)