Auteur

Antoine Gombaud, chevalier de Méré

Il serait à souhaiter, pour être toujours agréable, d'exceller en tout ce qui sied bien aux honnêtes gens, sans néanmoins se piquer de rien.
Si quelqu'un me demandait en quoi consiste l'honnêteté, je dirais que ce n'est autre chose que d'exceller en tout ce qui regarde les agréments et les bienséances de la vie.
Souvent nos amis nous deviennent indifférents, sitôt que nous ne leur pouvons plus être utiles.
Qui commence à aimer doit se préparer à souffrir.
Celui qui ne veut pas se hasarder ne doit pas songer à s'élever.
Peu de gens sont exempts de dire des fadaises, et le malheur est qu'on les veut dire agréablement.
Arriston de Chio disait que ceux qui quittaient la Philosophie pour s'adonner aux Mathématiques ressemblaient aux amoureux de Pénélope, qui ne pouvant jouir d'abord de leurs maîtresses, courtisaient les servantes.
Le souvenir des maux est agréable à ceux qui les ont passés, et ajoute quelques douceurs aux félicités dont ils jouissent.
Il faut vivre comme l'on voudrait avoir vécu, lorsqu'on sera prêt de mourir.
Le propre de la vieillesse est de plaindre le présent, de vanter le passé, et de craindre l'avenir.
Une âme peut se dire généreuse quand elle prend plus de plaisir à donner qu'à recevoir.
L'admiration est la fille de l'ignorance.
Il n'est pas bon d'être malheureux, mais il est bon de l'avoir été.
L'orgueil ne réussit jamais mieux que quand il se couvre de modestie.
C'est rarement le mérite qui nous fait parvenir aux grands emplois; c'est plutôt l'usage que ceux qui les procurent veulent faire de nous.
Une belle vie fait mépriser la mort, et une belle mort fait mépriser la vie.
Deux coeurs aliénés se réunissent par l'intérêt.
Une belle âme ne tient jamais compte de ses bienfaits; l'oubli en augmente le mérite et le souvenir en diminue la gloire.
Le fruit de la faute est la douleur et celui des bonnes actions le plaisir.
Ce n'est pas la crainte de la peine qui doit rendre l'homme bon, mais l'amour de la justice.
Les premiers traits de l'amour partent des yeux et les seconds de la parole.
La sagesse et l'amour ne s'accordent jamais.
L'amour est semblable au feu: il brille et plaît quand on en est éloigné, mais il brûle et consume quand on s'en approche de trop près.
Quand l'amour s'est rendu maître d'un coeur, ce coeur ne connaît plus d'autre félicité que l'amour.
Nous faisons valoir beaucoup ce que nous faisons pour les autres ; et nous estimons peu ce que les autres font pour nous.

Œuvres de Antoine Gombaud, chevalier de Méré

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