La religion est peut-être en crise mais elle n'arrête pas de voyager.
Tout ce qui s'entreprend, aujourd'hui plus que jamais, sous prétexte d'art, de littérature ou de recherche pure, fait figure de divertissement.
Un siècle avant le célèbre salon au fond d'un lac de Rimbaud, c'est soudain en pleine époque des Lumières, le précipice au milieu du salon. Et c'est assez pour que ces livres échappent au temps qui les a vus naître.
Le redoutable effet rétroactif de ce reconditionnement de la culture, dont le but n'est pas seulement de porter sur l'à venir de l'imaginaire mais sur le passé dont celui-ci se nourrit depuis toujours.
Moralisme et niaiserie qui, loin d'être inhérents à la parole féminine, surgissent dès qu'on veut rejeter toute la criminalité sur l'autre sexe » ; il est à regretter « d'entendre répéter un peu partout aujourd'hui comme un fait établi qu'il n'y a pas de femmes voyeurs, qu'il n'y a pas de femmes sadiques, et enfin et surtout, mais c'est le b-a ba de l'aveuglement néo-féministe, que le regard est une fonction phallique
Est-ce le fil du langage qui retient le cerf-volant de ce que nous sommes ou est-ce l'envol du cerf-volant qui donne au fil sa tension particulière ? Reste que quelque chose tient et emporte jusqu'à faire apparaître une forme qui n'est pas plus de l'autre que de moi. Mais sûrement en deçà de ce qui s'expose. Ombre pour ombre
Qu'il s'agisse des êtres ou de ce qu'ils produisent, on n'aime vraiment que ce qui n'en finit pas de se clore sur sa propre énigme. Et si la dernière page d'un livre ne se referme pas sur un monde inaccessible, quel est donc ce livre ?
L'écriture devient parfois cette façon unique d'arracher au temps un lambeau d'éternité, ce qui est d'ailleurs plus l'apanage de la passion que de ce qu'on appelle l'art ou la littérature
Je ne sais pas où je vais mais je sais ce que je méprise
Œuvres de Annie Le Brun
Annie Le Brun, Sur le champ, repris dans Ombre pour ombre, Paris, Gallimard, 2004, p. 17.Annie Le Brun, « Brûleront-elles Hans Bellmer ? », paru dans Art Press international, n 24, janvier 1979, repris dans Vagit-prop, Lâchez tout et autres textes, Paris, éd. Ramsay/Jean-Jacques Pauvert, 1990, p. 236 ; cité par Georgiana Colvile, ScandaleuseAnnie Le Brun, « La main à plume vaut la main à charrue », dans À distance, Paris, Jean-Jacques Pauvert aux éditions Carrère, 1984, p. 188-191.Du trop de réalité (2000)Les Châteaux de la subversion (1982)Ombre pour ombre