Ses larges manchettes, roides d'empois, laissaient tomber des mains pâles et maigres.
C'est aux passions seulement que les idées empruntent la vie.
Ses doux yeux d'ardoise étaient exténués; les paupières gonflées enchâssaient le regard d'une lumière pâle.
Au détour du chemin creux, une porte de bois, dans un châssis de pierres, qu'une croix de fer surmonte: c'est l'entrée de l'abbaye.
Quant à Judas, c'est une idée commune d'en avoir fait, par la laideur, l'étalon invariable de la scélératesse.
Ils sont pleins de tristesse voilée, où perce une pointe de feu, le grain noir de la prunelle, qui tantôt s'éteint dans la rêverie, tantôt luit en vrille.
Sa laideur est vivante. Son masque de mort seul est beau: tous les deux également étranges, hors de lieu et presque hors de propos.
Se sentir étranger à tout, voilà l'excès de la solitude.
Une famille nombreuse, et plusieurs serfs domestiques, se pressaient dans un espace étroit: à dix ou douze, ils avaient deux chambres et une cuisine.
C'est toujours le coeur qu'il exalte, et la raison qu'il humilie.
Sa langue passe pour la plus belle de la littérature scandinave; elle est brève, forte, précise; tendue à l'excès, et d'une trempe métallique; elle abonde en ellipses, en raccourcis rapides.
Dans sa pleine liberté, l'esprit est pareil à cet insecte stupide qui passe la moitié de son existence à filer un cocon et l'autre moitié à le détruire.
La morale facile est la mort de la morale.
Quelque chose qu'on fasse, avec la vérité, on a toujours raison. C'est l'histoire de tous les fanatiques; et que la vérité de l'un soit l'erreur de l'autre, quelle meilleure conclusion?
La manie de confondre la religion dans la morale n'est pas le fait d'un esprit bien libre.
Il est distant; il est poli jusqu'à la minute; et, à cause de l'extrême politesse, il n'est pas familier.
L'homme est la poupée du destin. Et sans aller jusque-là, le fantoche de la cité, le pantin aux mille idoles froides, qu'il appelle ses idées quand il les vante, et ses lois quand il les hait.
La vie, perdue dans la faute, se retrouve dans l'expiation.
Comme une langue de chimère, comme une flamme liquide et bleue, le fjord dort entre les monts à pic, tel un long lac tortueux.
C'est une folie naïve à l'homme le plus libre de se flatter que sa liberté n'a point de danger pour la multitude.
Je ne suis que trop capable de la joie: c'est elle qui me manque dans la marée continuelle du néant, ce flux et ce reflux misérable de vie et de mort.
Nos idées ne sont si fortes et ne nous sont d'un si grand prix, que parce qu'à la longue elles nous façonnent.
L'humour n'est pas du tout le sens du ridicule: il va bien au-delà. L'humour est la possession exquise et légère de l'objet par l'esprit. Rien n'est plus désintéressé que le véritable humour. L'humour ne va pas sans une libre critique de soi-même.
L'art est tout humain; et la science est inhumaine.
Les enfants ne se lassent pas de jouer; et les savants ne se lassent pas de comprendre, comme ils disent.
Œuvres de André Suarès
Ce monde doux-amer (1981)Goethe, le grand EuropéenIdées et visionsIgnorées du destinataire (1955), A sa soeurIgnorées du destinataire (1955), A son frèreIgnorées du destinataire (1955), A un inconnuLe Voyage du Condottiere (1932)Le Voyage du condottiere (1910)Poète tragiquePrisons (1936)PéguyPéguy (1915), IRemarquesRemarques (1917-1918)Remarques (1917-1918), Pensées du Dr Williams Makepeace BruceRemarques, Essais sur le clownTemples grecs, maisons des dieux (1980)Trois Hommes : Pascal, Ibsen, Dostoïevski (1913)Trois Hommes: Pascal, Ibsen, Dostoïevski (1913)Trois Hommes: Pascal, Ibsen, Dostoïevski (1913), Dostoïevski