L'art est le lieu de la liberté parfaite.
L'artiste est celui qui sauve le monde de la douleur en lui donnant les formes les plus belles de l'amour.
La foule est la bête élémentaire, dont l'instinct est partout, la pensée nulle part.
Rien n'est libre dans la nature que l'esprit de l'homme. Fût-elle une illusion, cette liberté a fait des princes parmi les hommes.
Les orties ont des yeux, un regard de côté qui médite l'égratignure.
Quand donc conviendrez-vous que tous les hommes sont des mendiants, des insolvables et des mourants?
La fausse vertu est à la portée de tout le monde. Un beau vice, non.
Je plains ceux pour qui il n'y a pas de mystère: ils n'ont de mystère pour personne.
La poésie est une éternelle jeunesse qui ranime le goût de vivre jusque dans le désespoir.
Toute misère est à la mesure du rêve ou de l'ambition qu'elle trahit.
Où il n'y a ni forme ni ordre, il n'y a rien.
Le bel âge est à plus de cinquante ans, et moins de soixante: tout y est tragique, la mort est derrière la toile pour faire le dénouement.
Ce n'est pas assez qu'il suive des yeux les mouvements d'une ville, le concours de toutes ces fourmis dans les tranchées et les tunnels de la fourmilière.
Il travaille toujours seul; il ne confie jamais à personne ce qu'il fait; nul ne connaît rien de ses drames.
La tragédie moderne, c'est le moi en contact avec le monde.
Ibsen se replie sur soi-même, comme la forêt que courbe un éternel orage, et le vent la fait moins ployer qu'il ne la violente.
La volonté pure n'a rien d'humain; elle est cruelle comme le glaive, et sourde comme la mécanique.
Si l'on regarde au fond de ce solitaire, sous une triple cuirasse de froideur indulgente, d'ordre poussé jusqu'aux minuties, et de politesse, il y a, d'abord, l'amour ardent de la vie, et l'instinct de la domination.
La passion, comme le drame, vit de combat et se dénoue par la mort.
Un peuple de pêcheurs, de matelots et de petits fermiers, qui dépendent de quelques gros marchands.
Il est distant; il est poli jusqu'à la minutie; et à cause de l'extrême politesse, il n'est pas familier. Il déteste le laisser-aller, le bruit, la poussière et les coups de coude.
Hommes taciturnes le plus souvent, avec les éclats violents d'une joie brusque; un long silence et, quand il est rompu, beaucoup de bruit.
Les jugements humains ne sont si médiocres et si injustes même, que parce qu'ils n'ont jamais égard au bien dans le mal, ni au mal dans le bien.
Sa langue passe pour la plus belle de la littérature scandinave; elle est brève, forte, précise; tendue à l'excès, et d'une trempe métallique; elle abonde en ellipses, en racourcis rapides.
De tels hommes, leur joie est toujours muette, tant elle compte peu. La douleur seule est éloquente.
Œuvres de André Suarès
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