Auteur

André Maurois

Un flot de griefs mesquins semblait jaillir, avec une force irrésistible, de ces deux coeurs tourmentés.
L'histoire de George Sand est celle d'une femme qui, par sa naissance, se trouva placée sur la frontière de deux classes et, par son éducation, sur une frange où se rencontraient le rationalisme du XVIIIe siècle et le romantisme du XIXe.
Elles trouvaient, à parler de ses débordements, un plaisir furtif et jaloux.
Les vieilles sociétés riches ont tendance à devenir des gérontocraties. Les vieillards y règnent dans les conseils, dans les états-majors parce que, dans un monde qui n'a pas changé depuis longtemps, l'expérience devient un bien précieux.
En règle générale, on ne fait rien de bon avec un thème qui n'a pas eu, dans l'esprit, son temps de gestation normal.
A la droite et à la gauche du vieillard, son gendre Lecourbe et l'aîné de ses petits-enfants, Antoine, personnages secondaires et voilés d'ombre, entendaient, résignés, le grimoire du notaire.
Qu'est-ce qui importe en ce monde, sinon de faire naître le bonheur sur un beau visage?
Cependant elle était demeurée insatisfaite, inapaisée, incapable de conduire jusqu'à la finale résolution la symphonie inachevée qui chantait encore en elle.
Elle aimait les premiers livres de Maeterlinck (alors très admirés par les jeunes gens) parce qu'ils admettaient l'intervention dans notre vie de l'invisible et de l'infini.
Mais l'incohérence n'est pas le monopole des fous: toutes les idées essentielles d'un homme sain sont des constructions irrationnelles.
J'étais et je reste un libéral, ce qui veut dire que je crois les hommes plus heureux et meilleurs s'ils jouissent des libertés essentielles.
On sait qu'un homme et une femme se voient beaucoup. Maintenant sont-ils amants?
De ma province, j'avais mal compris les liens secrets qui unissent le monde politique, le monde financier, le monde littéraire, le monde mondain.
Je comprenais maintenant une phrase que m'avait dite un jour Philippe et que j'avais alors jugée monstrueuse: L'amour supporte mieux l'absence ou la mort que le doute ou la trahison.
L'absence favorise la cristallisation tant que les souvenirs sont encore vivaces; une absence prolongée vide parfois l'amour de toute substance.
Les gouvernements ont l'âge de leurs finances, comme les hommes ont l'âge de leurs artères.
La nature nous a dotés d'un appétit; il faut tâcher de jeûner le moins possible.
«Marcel Proust, c'est le Diable», avait dit un jour Alphonse Daudet, à cause de sa pénétration inquiétante et surhumaine des mobiles des autres.
A leurs yeux, les familles qui s'alliaient à la nôtre demeuraient étrangères et indignes. Ils appelaient leurs beaux-frères et belles-soeurs: «Les pièces rapportées», «Les oeufs de canard», et les traitaient avec condescendance.
Au fond, toute âme humaine est cela: une fragile lumière en marche vers quelque abri divin, qu'elle imagine, cherche et ne voit pas.
Toujours, ou presque toujours, les hommes ont poursuivi la vérité absolue, le mot de la charade, la suprême pensée.
L'amour absolu n'existe pas plus que le parfait gouvernement et l'opportunisme du coeur est la seule sagesse sentimentale.
Le langage humain tend à l'abstrait et s'éloigne toujours davantage du concret.
Les discussions des philosophes ne portent pas sur la nature des choses, mais sur les rapports de certains mots, assez largement abstraits pour être vides et indéfinissables.
Si la quantité de marchandises a diminué alors que le franc augmentait, le pouvoir d'achat de chaque franc est moindre.

Œuvres de André Maurois

A la recherche de Marcel ProustAriel ou la Vie de ShelleyAriel ou la Vie de Shelley (1923)Bernard QuesnayBernard Quesnay (1926)Bois originaux de Louis Jou (1952)Ce que je crois (1952)ClimatsClimats (1928)De la conversationDialogues sur le commandementDon Juan ou la vie de Byron (1930)Etudes anglaises (1927)Etudes littérairesEtudes littéraires, IEtudes littéraires, IV, 3Etudes littéraires, ValéryLa conversation (1964)La vie de Disraeli (1927)Le Cercle de famille