Auteur

André Gide

Lumière profuse; splendeur. L'été s'impose et contraint toute âme au bonheur.
L'humanité chérit ses langes; mais elle ne pourra grandir qu'elle ne sache s'en délivrer.
L'attente et l'intérêt ne doivent jamais languir ou retomber un seul instant durant cinq actes.
Monsieur a bien une petite profession, une spécialité... Enfin, qu'est-ce que Monsieur sait faire?
On ne peut pas à la fois être sincère et le paraître.
S'il suffit d'imaginer qu'on aime pour aimer ainsi suffit-il de se dire qu'on imagine aimer, quand on aime, pour aussitôt aimer un peu moins, et même pour se détacher un peu de ce qu'on aime.
Je ne puis arracher cet amour de mon coeur qu'en arrachant mon coeur même.
Nous vivons contrefaits, plutôt que de ne pas ressembler au portrait que nous avons tracé de nous d'abord: c'est absurde; ce faisant, nous risquons de fausser le meilleur.
Une âme qui se révolte contre l'ignominie de son sort, souvent ses premiers sursauts demeurent inaperçus d'elle-même; ce n'est qu'à la faveur de l'amour que le regimbement secret se révèle.
La connaissance ne fortifie jamais que les forts.
D'autres ont le sentiment de ce qu'ils ont, dit-il; je n'ai le sentiment que de mes manques. Manque d'argent, manque de forces, manque d'esprit, manque d'amour. Toujours du déficit; je resterai toujours en deçà.
J'admire les martyrs. J'admire tous ceux qui savent souffrir et mourir, et pour quelque religion que ce soit.
Les Mémoires ne sont jamais qu'à demi sincères, si grand que soit le souci de vérité: tout est toujours plus compliqué qu'on ne le dit.
On ne se débarrasse pas aisément d'une estime tant qu'on ne cesse d'y tenir.
La perception commence au changement de sensation.
Assurément les sentiments aussi vieillissent; il est des modes jusque dans la façon de souffrir ou d'aimer.
Trop souvent, le mot tient lieu de la chose et la chose peut s'en aller. Nous payons de mots les autres et nous-mêmes. Nous volons et nous sommes volés.
Ceux qui ont des yeux sont ceux qui ne savent pas regarder.
Vertu première: la patience. Rien à voir avec la simple attente. Elle se confond plutôt avec l'obstination.
On n'y fabriquait point les tissus; on les imprimait seulement. Mais cette impression s'accompagnait d'une quantité d'opérations complémentaires, et occupait un peuple d'ouvriers.
Il n'est plus de vérité qu'opportune; c'est-à-dire que le mensonge opportun fait prime et triomphe partout où il peut.
Avec Iphigénie, pourtant, cet orgueil s'épure, se défait de toute infatuation, n'est plus que dignité, que le sentiment de ce que l'on se doit à soi-même, qui va jusqu'au sacrifice de soi.
Rien d'orgueilleux comme sa modestie; de là ce refus de rien apprendre, la croyance en la divinité de son inspiration, la complaisance envers soi-même. L'infatuation est toujours accompagnée de sottise.
Au vrai, le temple de nos coeurs était pareil à ces mosquées qui, du côté de l'orient, restent béantes et se laissent divinement envahir par les rayons, les musiques et les parfums.
C'est une grande et rare vertu que la patience, que de savoir attendre et mûrir, que se corriger, se reprendre et, comme disait l'apôtre, tendre à la perfection.

Œuvres de André Gide

Ainsi soit-ilAinsi soit-il (1952)Ainsi soit-il (Dernières lignes écrites par Gide)Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952)AjaxAttendu que...Caractères (1925)Carnets d'EgypteConférence prononcée à Beyrouth en 1946Correspondance avec Francis JammesCorrespondance, Gide - Martin du GardCorrespondance, à André Rouveyre, 31 octobre 1924Correspondance, à François Mauriac.CorydonCorydon (1920)Corydon (1920), PréfaceDe l'influence en littérature (1900)DiversDivers (1931), CaractèresDivers (1931), Un esprit non prévenu