Auteur

Alexandra David-Neel

Quelque chose de plus fort que l'homme est en l'homme, qui le mène par des sentiers qui semblent incohérents. Bienheureux pourtant, sont ceux qui y marchent : « Ce qui est nuit pour les êtres est un jour où marchent les clairvoyants qui se sont surmontés eux-mêmes », dit la Bhagavad Gîtâ.
J'aurais souhaité aller plus loin vers le coeur du Tibet, mais puisque cela était impossible il me semble que le reste n'a plus d'intérêt. C'est là, évidemment, une impression passagère. De retour dans l'Inde je vais me reprendre et me ressaisir. Pour l'instant je reste ensorcelée, j'ai été au bord d'un mystère…
Oh ! Cette dernière chaîne de l'Himalaya, le dernier col très large qui s'inclinait vers une pente descendant à la steppe immense, déserte, où s'érige, sentinelle puérile mais émouvante, le fortin de la première ville tibétaine… Moi, je serais restée là des jours… des mois peut-être et parfois la folle envie me prend de louer des yacks, d'emmener deux ou trois serviteurs tibétains plus robustes que les miens et de remonter là-haut pour revoir… voir mieux, davantage, cela que je ne reverrai jamais…
Ici, tous les Européens subissent l'étrange fascination. On dit le « Tibet » à voix presque basse, religieusement, avec un peu de crainte.
Oh ! Cette dernière chaîne de l'Himalaya, le dernier col très large qui s'inclinait vers une pente descendant à la steppe immense, déserte, où s'érige, sentinelle puérile mais émouvante, le fortin de la première ville tibétaine… Moi, je serais restée là des jours… des mois peut-être et parfois la folle envie me prend de louer des yacks, d'emmener deux ou trois serviteurs tibétains plus robustes que les miens et de remonter là-haut pour revoir… voir mieux, davantage, cela que je ne reverrai jamais…
Béni soit « cela » qui m'a préservé des routes banales, qui m'a fait gravir les Himalayas et ces invisibles Himalayas de la pensée si infiniment plus élevés que les autres !
Les grands destins sont toujours des destins de grands égoïstes. Et quand ces destins sont accomplis, ils se changent en phares puissants qui nous éclairent.
Si tu dois vivre parmi le tumulte ne lui livre jamais que ton corps. Garde ton âme au calme et retirée. C'est un sanctuaire où tu trouveras, quand tu le voudras, le bonheur. Les insensés demandent aux autres le bonheur qu'ils ne peuvent pas se donner à eux-mêmes.

Œuvres de Alexandra David-Neel

Flâner entre les intervallesJournal de voyageJournal de voyage (1975-1976)La Lampe de sagesse (1986)La Puissance du néant (1954)Pour la vieSortilèges du mystère (1972)Voyages et aventures de l'esprit