Auteur

Alain Finkielkraut

Sophistoqué: qui se dit fou pour soigner son image.
Suçoter: chuchoter avec un çeveu sur la langue.
Tactic: ensemble des moyens et des ruses mis en oeuvre pour remonter le temps.
Tergivexer: faire souffrir à force de ne dire ni oui ni non.
Yesterdingue: doux rêveur, qui vit aujourd'hui dans le regret d'hier, et qui porte le deuil depuis que John Lennon a été assassiné.
Vacalme: tumulte intérieur dissimulé derrière un visage serein.
Voutoyer: s'adresser à quelqu'un en employant alternativement la deuxième personne du pluriel et celle du singulier.
Zagziguer: marcher de travers et à reculons.
Zéros: dieu de l'amour et des petits riens.
Tous nous murmurons, accablés, que notre siècle finissant ne permet plus de vivre l'aventure ... Chacun au plus profond de son coeur constate une même grisaille généralisée sur le destin des nations comme sur celui des particuliers.
Nul imprévu ne me détourne de ce que je viens chercher, j'en ai toujours pour mon argent: la ville est devenue un gigantesque service.
Rien de plus déprimant que ces lieux ponctuellement ajustés à notre convoitise: c'est la désolation même des espaces programmés.
Le foyer est une église que peuplent un nombre grandissant de sceptiques et d'apostats. Aujourd'hui la désillusion est inaugurale: les amants se mettent en ménage, mais ils n'ont plus foi dans le ménage.
Notre époque ne remplace pas ce qu'elle désagrège: la crise est son destin.
Vivre à deux est un drame dont les données sont inconnues: autrefois symbole de permanence dans un monde tourmenté, le foyer s'est découvert tout récemment la vocation de l'incertitude.
Paradoxe moderne: dans le secret de l'alcôve, les partenaires passent l'examen du bonheur. Ils démontrent à leur tribunal intérieur qu'ils sont vraiment heureux. L'entente sexuelle est devenue le critère de réussite du couple.
Nous naissons innocents, éprouvons de terribles désillusions avant d'accéder à la connaissance puis nous redoutons la mort et seules nous sont donnés des bonheurs fragmentaires pour apaiser notre souffrance.
Qui ose croire que deux êtres vivant depuis longtemps ensemble ne finissent pas l'un ou l'autre voire, plus fréquemment encore, l'un et l'autre, par se lasser ?
Le changement n'est plus ce que nous faisons mais ce qui nous arrive.
Je disais en introduction que le changement n'est plus ce que nous faisons mais ce qui nous arrive et que ce qui nous arrive de plus inquiétant, c'est la crise du vivre-ensemble.
La violence actuelle n'est pas une réaction à l'injustice de la République, mais un gigantesque pogrom antirépublicain.
Nul ne semble se souvenir qu'on ne va pas en classe pour être embauché mais pour être enseigné. Le premier objectif de l'instruction, c'est l'instruction. Celle-ci, au demeurant, n'est jamais inutile.
La brûlure de la honte est le commencement de la morale. La victimisation et l'héroïsation sont une invitation à la récidive.

Œuvres de Alain Finkielkraut

Au coin de la rue, l'aventure (1979)Au coin de la rue, l'aventure (1979) (en collaboration avec Pascal Bruckner)Cours dispensé aux étudiants de l'Ecole Polytechnique, automne 2011.Dans Le Figaro, 15 novembre 2005.Et si l'amour durait (2011)Interview dans Libération, 5 janvier 2000L'Avenir d'une négation (1982)La Défaite de la pensée (1987)La Sagesse de l'amour (1984)Le Juif imaginaire (1980)Le Petit Fictionnaire illustré (1981)Magazine Lire, 2 février 1999, à la parution de son livre L'Ingratitude.Nous autres, modernes: Quatre leçons (2005)