Attendre Dieu, c'est ne comprendre pas que tu le possèdes déjà. Ne distingue pas Dieu du bonheur et place tout ton bonheur dans l'instant.
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Aussi bien la gloire que je rêvais, c'était celle de Keats, de Baudelaire, de Nietszche, de Kierkegaard, de tant d'autres dont la voix ne fut écoutée que plus ou moins longtemps après leur mort. L'éminente distinction que vient de m'accorder la Suède me fait comprendre que j'avais mal fait mon compte ; c'est aussi que je n'imaginais pas vivre si vieux.
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La vérité, c'est que, dès que le besoin d'y subvenir ne nous oblige plus, nous ne savons que faire de notre vie, et que nous la gâchons au hasard.
Une explication n'est pas nécessairement une approbation; mais le plus souvent on estime inutile de chercher à comprendre ce que l'on réprouve.
Le plus grand bonheur après que d'aimer, c'est de confesser son amour.
Si ce que tu manges ne te grise pas, c'est que tu n'avais pas assez faim.
Dans la même œuvre
Je n'ai jamais recherché les hommages et pourtant, dès mon plus jeune âge, j'ai eu grand souci de la gloire. Mes livres, durant longtemps, n'eurent aucun succès et je ne m'en affectais guère, car je ne doutais pas qu'ils méritassent d'être lus... plus tard me disais-je.
Très jeune encore, j'écrivais : "Nous vivons pour représenter." Si vraiment j'ai représenté quelque chose, je crois que c'est l'esprit de libre examen, d'indépendance et même d'insubordination, de protestation contre ce que le coeur et la raison se refusent à approuver.
Je crois fermement que cet esprit d'examen est à l'origine de notre culture. C'est cet esprit que tentent de réduire et de bâillonner aujourd'hui les régimes dits totalitaires, et, comme leurs doctrines se font menaçantes, de droite et de gauche, comme elles recourent sans aucun scrupule à tous les moyens, force brutale et perfidie, pour s'imposer, j'estime que notre culture, que tout ce qui nous tenait à coeur et pourquoi nous vivions, tout ce qui donnait du prix à la vie, que tout cela est en grand risque de disparaître.
Les attributions du prix Nobel me rassurent ; ce qui compte ici c'est la protection, la sauvegarde de cet esprit, "sel de la terre", qui peut encore sauver le monde ; l'élection de quelques-uns qui ont de leur mieux lutté pour son triomphe et pour qui cette lutte est devenue proprement la raison d'être, lutte plus âpre, plus difficile aujourd'hui que jamais ; plus décisive aussi je l'espère ; celle du petit nombre contre la masse, de la liberté contre toute forme de dictature, des droits de l'homme et de l'individu contre l'oppression menaçante, les mots d'ordre, les jugements dictés, les opinions imposées ; lutte de la culture contre la barbarie.
Si vraiment j'ai représenté quelque chose, je crois que c'est l'esprit de libre examen, d'indépendance et même d'insubordination, de protestation contre ce que le coeur et la raison se refusent à approuver