Au début, Maigret était assez simple. Un gros homme placide qui, lui aussi, croyait plus à l'instinct qu'à l'intelligence, qu'à toutes les empreintes digitales et autres techniques policières. Il en usait d'ailleurs, comme il y était obligé, mais sans trop y croire. Petit à petit, nous avons fini en effet par nous ressembler un peu. Je serais incapable de dire si c'est lui qui s'est rapproché de moi ou moi de lui. Il est certain que j'ai pris quelques-unes de ses manies et qu'il en a pris des miennes.

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Je vous félicite, cher monsieur Bernanos, d'avoir eu un tel père.
C'était un sanguin, qui devait avoir de gros appétits sexuels.
Tu n'en a pas moins des chances de faire cinq ans. Et, après, tu seras envoyé aux bataillons d'Afrique.
- De la bière? - - Nous n'avons que de la bière anglaise... Stout, pale-ale, scotch-ale?... - Et l'autre hausse les épaules pour signifier que cela lui est parfaitement égal.
Double! Il allait se raviser mais le barman avait compris et saisissait la bouteille de Johnny Walker. Il n'était pas le seul à utiliser cette formule. Double scotch, double whisky. Double. Rien que ces mots l'écoeuraient.
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Dans la même œuvre

On demandait à Balzac : « Qu'est-ce qu'un personnage de roman ? » Il a répondu : « C'est n'importe qui dans la rue, mais qui va jusqu'au bout de lui-même. Tous tant que nous sommes, nous n'allons jamais au bout de nous-mêmes. Nous avons peur de la prison ou de choquer nos semblables ; soit par sensiblerie, par bonne éducation, comme on dit, pour quantités d'autres raisons. »
Le roman consiste à créer un groupe social quelconque, cinq ou six personnes, peu importe, autour d'un personnage central, et il ne reste plus à l'auteur que se mettre dans la peau de ce personnage central.
J'ai toujours eu envie d'écrire des romans. Je ne suis d'ailleurs pas le seul de cette espèce. Mais pour moi, c'était presque une recherche de moi-même. Ce que j'appelle la recherche de l'homme, c'est la recherche de moi-même puisque je ne suis qu'un homme comme les autres. En écrivant des romans, j'avais l'impression de me rapprocher de l'homme, d'entrer dans la peau des personnages.
Il y a des romans écrits par le subconscient, littéralement. On se met dans la peau d'un personnage, on ne sait pas du tout où il va nous mener. On le suit au jour le jour et ce n'est qu'au dernier chapitre qu'on sait ce qu'il lui arrive. Il doit aller jusqu'au bout de lui-même.
Créer des personnages, les porter à bras tendus, exige de se mettre dans la peau des autres. Le jour où j'ai compris que c'était devenu trop fatigant pour moi de me mettre encore dans la peau des autres, de créer encore des personnages, j'ai décidé d'arrêter. J'avais soixante-dix ans, c'était donc il y a un peu plus de deux ans. Et comme je voulais quand même faire quelque chose, je me suis mis à être mon propre personnage. Au lieu de chercher tout sur l'homme en étudiant les autres, essayer de le faire en m'étudiant moi-même.