A part le cercueil, je ne vois pas d'autre retraite.

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Je me suis battu par exemple pour qu'on garde dans Le Robert les injures racistes, tout en le spécifiant. Combattre quelque chose en le niant est la politique la plus sotte qui soit.
Je regarde le monde à travers des lunettes merveilleuses que sont les langues.
Aujourd'hui, la circulation des mots par l'intermédiaire des médias est complètement mémorisée et accessible par la numérisation. Les chiffres de Google ne sont pas forcément fiables, mais leurs ordres de grandeur oui. Quand le terme « selfie » revient à des millions d'occurrences, on ne pas faire comme s'il n'existait pas. Notre critère est donc la fréquence d'emploi, mais en dessous d'un certain seuil, il y a des choix idéologiques qui se font, autour de l'importance du concept. Le dictionnaire n'a pas le droit de passer à côté de certains termes.
Le dictionnaire doit s'alimenter au réel.
Selon moi, les mots sont des accumulateurs d’énergie. Chaque fois que l’on prononce un mot, on a affaire à une épaisseur. Derrière le sens actuel d’un terme, il y a une succession de sens qui ont évolué. Prenons le «pare-brise». Le mot existait avant l’automobile et désignait un accessoire de mode qui permettait aux dames de protéger leur visage du soleil et du vent. Or à leurs prémices, les automobiles étaient ouvertes. Il fallait les couvrir. On a donc réfléchi à un mot qui évoque quelque chose de transparent. C’est ainsi que l’on a pensé au « pare-brise ».
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L'essentiel de mon activité, c'est de voir naître et prospérer les mots. Le Robert est pour moi ma signature.
Une langue est faite pour exprimer le monde, il faut qu'elle s'enrichisse sans cesse pour coller au réel.
On n'est pas très heureux quand il y en a beaucoup. Mais ce n'est pas nous qui choisissons. C'est un enrichissement sauvage, on adopte parfois des anglicismes qui ne sont pas nécessaires et qui ont un équivalent en français. Mais, il y a des anglicismes depuis le Moyen Age. Et le français a plus enrichi la langue anglaise que l'inverse.
Avec le tout-informatique, les personnes âgées ne peuvent plus échapper au langage des jeunes, ce n'est plus cloisonné comme avant.
A part le cercueil, je ne vois pas d'autre retraite. Je suis en alerte depuis que je suis gamin. Dès que j'étais confronté à un mot que je ne connaissais pas, j'avais envie de savoir !