Un matin, comme ça, après s'être lavé des larmes de la nuit et avoir demandé au ciel où était son ami Takeshi, il avait baissé la tête et senti d'autres larmes lui monter. Revenu dans la maison, il prit son bol de thé, et, à travers la vapeur, il dit: « Où vont les âmes, madame Taïmaki ? »

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Un vent léger apporta l’odeur d’un chèvrefeuille, et soudain je fus accablé de solitude comme sous le hangar. Une solitude sans début et sans fin. Je la devais sûrement à la beauté de la clairière, de la lumière déclinante et du lointain vrombissement des avions.
La douleur qui les avait réveillés grandissait à l'intérieur d'eux comme un animal monstrueux.
Toute la nuit la soif me tourmenta mais me sauva des morts et de leurs jambes grises.
Je m'endormis et rêvai aux bâches avec lesquelles nous avions recouverts les morts, cette nuit-là, et dans mon rêve elles se soulevaient et nous pensions que c'était le vent et nous avions beau planter les piquets elles se soulevaient encore. Nous les retenions avec nos mains de toutes nos forces mais une force plus grande continuait de les soulever et chacun au fond de lui savait que c'étaient les morts qui poussaient avec leurs jambes grises.
Les prisonniers avançaient sur la route dans l'éclat du soleil en rangs presque réglementaires et on aurait dit qu'ils respiraient d'une même voix et ils ne regardaient jamais sur le côté et ne fixaient pas la route non plus mais un point invisible à travers le dos de ceux qui les précédaient et ce qui m'avait penser à la rivière en crue c'étaient les centaines d'assiettes de gourdes et de quarts en fer-blanc qui s'entrechoquaient et coupaient l'air brûlant.
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Dans la même œuvre

Dehors, le ciel était lumineux, il commençait à faire jour. Ciel d'automne, froid d'automne. Hisao se mit à courir le long des bâtiments. Lorsqu'il aperçut la route d'Aomori, il ralentit, passa sous les arbres en partie dénudés et commença dejà à se souvenir de Keisuke.
La douleur qui les avait réveillés grandissait à l'intérieur d'eux comme un animal monstrueux.
Mais qu'est ce que c'était l'ennemi ? Un train fonçant à toute allure sur la montagne. De l'acier assourdissant, des coups sourds. C'était ça l'ennemi. ça ne voulait rien dire.
Parce qu'il avait combattu dans les montagnes de Peleliu, Hisao Kikuchi ne supportait plus la soif. Son corps, son esprit, tout en lui désormais la craignait. A tout moment, elle prenait forme, elle était vivante.
A tout moment, elle prenait forme, elle était vivante. Elle était son ombre. La nuit, il voulait se lever et aller boire dans la cour, au filet d’eau qui tombait dans le tonneau. Mais comme c’était une ombre d’une grande force physique, elle l’empêchait de bouger. Elle restait assise sur lui. Alors il buvait en rêve, mais pour son malheur, c’est l’ombre qu’il abreuvait, et ainsi elle se renforçait, et jusqu’au matin appuyait sur lui comme un arbre mort.