Un de mes amis a épousé une Japonaise. Ils vivent dans la région de Milan et ont une fillette de 5 ans. Pas plus tard qu’hier, mère et fille étaient au supermarché, et deux types se sont mis à hurler que tout était leur faute, qu’elles devaient retourner chez elles, en Chine. La peur nous pousse à agir bizarrement.

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Lors d’une épidémie, les Susceptibles doivent se protéger également pour protéger les autres. Les Susceptibles constituent aussi un cordon sanitaire. Ainsi, dans la contagion, ce que nous faisons ou nous abstenons de faire ne nous concerne plus exclusivement. C’est une chose que j’aimerais ne pas oublier, y compris quand tout sera terminé.
Personne n’aime être exclu. Et savoir que notre séparation du monde est transitoire ne suffit pas à effacer notre souffrance. Nous éprouvons un besoin désespéré d’être avec les autres, parmi les autres, à moins d’un mètre des personnes qui ont de l’importance pour nous. C’est une exigence constante qui ressemble à la respiration.
Pour le virus, l'humanité entière se partage en trois groupes : les susceptibles, c'est-à-dire tous ceux qu'il pourrait encore contaminer ; les infectés, c'est-à-dire ceux qu'il a déjà contaminés ; et les rejetés, ceux qu'il ne peut plus contaminer.
Les formes d'attachement n'équivalent pas toutes à de la nostalgie.
Quand les quotidiens ont décidé de ne plus publier le nombre des contagions sur leur page d’accueil, j’ai éprouvé un sentiment de mécontentement et de trahison. J’ai commencé à en consulter d’autres. Dans la contagion, l’information transparente n’est pas un droit : c’est une prophylaxie essentielle. Plus un Susceptible est informé – sur les chiffres, les lieux, la concentration de patients dans les hôpitaux –, plus son attitude sera appropriée au contexte.
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Dans la même œuvre

J'ai décidé d'employer ce vide à écrire. Pour tenir à distance les présages et trouver une meilleure façon de réfléchir à tout cela. L'écriture a parfois le pouvoir de se muer en un lest qui ancre au sol. Ce n'est pas tout : je ne veux pas passer à côté de ce que l'épidémie nous dévoile de nous-mêmes. Une fois la peur surmontée, les idées volatiles s'évanouiront en un instant – il en va toujours ainsi avec les maladies.
Pour le virus, l'humanité entière se partage en trois groupes : les susceptibles, c'est-à-dire tous ceux qu'il pourrait encore contaminer ; les infectés, c'est-à-dire ceux qu'il a déjà contaminés ; et les rejetés, ceux qu'il ne peut plus contaminer.
La meilleure décision n'est pas celle que j'ai prise en fonction de mon intérêt exclusif. La meilleure décision est celle qui considère mon intérêt et en même temps celui de tous les autres. Bref, je regrette, mais ce sera pour plus tard.
Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.
Je cherche une formule concise, un slogan à mémoriser, et je le trouve dans un article de Science datant de 1972 : More is different : (Plus est différent).