Ce n’est pas ce à quoi on nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous ébrèche ; ces hontes minuscules de consentir à renforcer ce qu’on dénonce : j’achète des objets dont je n’ignore pas qu’ils sont fabriqués par des esclaves, je me rends en vacances dans une dictature aux belles plages ensoleillées. Je vais à l’anniversaire d’un harceleur qui me produit.
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Tout dépend de la façon dont on définit le féminisme, mais si l'on part de la définition la plus simple, à savoir que le féminisme est un humanisme, cela paraît fou que ce mot puisse provoquer de telles réactions. Il s'agit tout de même de la seule révolution à n'avoir fait aucun mort.
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Aux étudiants en cinéma, elle affirme continuellement qu'elle n'a pas de méthode à leur transmettre. Elle sait seulement ceci : il faut raconter ce qui hante. Et les sujets des documentaires comme ceux des romans sont des paravents qui masquent nos questions irrésolues. Le sujet ne se trouve ni ne se cherche, il faut s'autoriser à l'entendre, à lui laisser donner de la voix. Il est là depuis toujours, une banale écharde sous la peau qui se laisse oublier à la façon d'une dent ébréchée, jusqu'à ce qu'on passe sa langue dessus.
Cette histoire est une écharde sur laquelle sa chair s’est recomposée, à force d’années.
Pour moi, affirmer qu’on n’est pas féministe devrait être lesté du même poids qu'affirmer qu’on n’est pas anti-raciste. C’est pareil.
L’amour, est-ce que cela ressemblait à ce débordement, ce grand n’importe quoi de vertiges et de sourires, ce désir de bloquer le présent sur pause ?
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Pour moi, affirmer qu’on n’est pas féministe devrait être lesté du même poids qu'affirmer qu’on n’est pas anti-raciste. C’est pareil.
Dès qu’une idée vient titiller l’ordre, l’ordre se protège. C’est normal, c’est de bonne guerre. Mais étrangement, j’ai l’impression que les réseaux sociaux font évoluer les choses dans le bon sens, notamment en ce qui concerne la libération de la parole
J’aime la littérature, j’aime la forme, j’aime travailler la langue. A priori, je m’éloigne à tout prix de ce qui pourrait ressembler à un roman à message ou à un roman didactique. Mais étant donné que j'écris de ma place et que ma place est celle d’une femme qui a compris, comme la majorité d'entre nous je pense, que je serais obligée d'être féministe, je pense que mes fictions sont traversées par cette conscience.
Autrice, contrairement à beaucoup de gens, je trouve ce mot assez joli.
Je me rends compte à quel point la place de l'écrivain est beaucoup plus compliquée à investir pour une femme que pour un homme. En tout cas, pour moi. J’ai l’impression d’être dans une forme d’imposture même après cinq romans. C’est une place d’autorité intellectuelle que je ne me sens pas autorisée à avoir. Dans les endroits où l'on m'invite pour parler, dans les rencontres ou les colloques à l’étranger, je trouve parfois difficile de me me trouver dans la position de celle qui dit «je sais».