Tout dépend de la façon dont on définit le féminisme, mais si l'on part de la définition la plus simple, à savoir que le féminisme est un humanisme, cela paraît fou que ce mot puisse provoquer de telles réactions. Il s'agit tout de même de la seule révolution à n'avoir fait aucun mort.
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J’aime la littérature, j’aime la forme, j’aime travailler la langue. A priori, je m’éloigne à tout prix de ce qui pourrait ressembler à un roman à message ou à un roman didactique. Mais étant donné que j'écris de ma place et que ma place est celle d’une femme qui a compris, comme la majorité d'entre nous je pense, que je serais obligée d'être féministe, je pense que mes fictions sont traversées par cette conscience.
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Dès qu’une idée vient titiller l’ordre, l’ordre se protège. C’est normal, c’est de bonne guerre. Mais étrangement, j’ai l’impression que les réseaux sociaux font évoluer les choses dans le bon sens, notamment en ce qui concerne la libération de la parole
Par quel sale tour se retrouve-t-on brusquement vieux ?
Le fait que le féminisme soit dans l’air du temps, c'est à la fois réjouissant et dangereux, parce qu’il ne faut pas vider le mot de sa substance. Que ça devienne un terme valorisant pour les femmes, tant mieux, mais concrètement, je ne suis pas sûre qu’en France les choses aillent si bien. Les femmes continuent à mourir des violences. Si le féminisme actuel est seulement une tendance, ça veut dire que cette mode peut passer. Mais ça ne doit pas passer.
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Tout dépend de la façon dont on définit le féminisme, mais si l'on part de la définition la plus simple, à savoir que le féminisme est un humanisme, cela paraît fou que ce mot puisse provoquer de telles réactions. Il s'agit tout de même de la seule révolution à n'avoir fait aucun mort.
Pour moi, affirmer qu’on n’est pas féministe devrait être lesté du même poids qu'affirmer qu’on n’est pas anti-raciste. C’est pareil.
Dès qu’une idée vient titiller l’ordre, l’ordre se protège. C’est normal, c’est de bonne guerre. Mais étrangement, j’ai l’impression que les réseaux sociaux font évoluer les choses dans le bon sens, notamment en ce qui concerne la libération de la parole
Autrice, contrairement à beaucoup de gens, je trouve ce mot assez joli.
Je me rends compte à quel point la place de l'écrivain est beaucoup plus compliquée à investir pour une femme que pour un homme. En tout cas, pour moi. J’ai l’impression d’être dans une forme d’imposture même après cinq romans. C’est une place d’autorité intellectuelle que je ne me sens pas autorisée à avoir. Dans les endroits où l'on m'invite pour parler, dans les rencontres ou les colloques à l’étranger, je trouve parfois difficile de me me trouver dans la position de celle qui dit «je sais».