Le soleil brille, dans le ciel il y a des nuages blancs floconneux, de ceux qui font penser à des moutons sans tête. À cause de nos ailes, nos œillères, il est malaisé de regarder en l'air, d'avoir une vue complète du ciel, ou de quoi que ce soit. Mais nous y parvenons, fragment par fragment, un mouvement rapide de la tête, de haut en bas, de droite à gauche. Nous avons appris à voir le monde par hoquets.
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Si l'on veut instituer un système totalitaire efficace, ou n'importe quel système, d'ailleurs, il est nécessaire d'offrir certains bénéfices et libertés à une poignée de privilégiés, en échange de ceux que l'on abolit.
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À lire aussi de Margaret Atwood
Quand le pouvoir est rare, toute parcelle de pouvoir est tentante.
Comme d'autres choses maintenant, la pensée doit être rationnée. Il y a beaucoup de choses auxquelles il n'est pas supportable de penser. Penser peut nuire à nos chances, et j'ai l'intention de durer. Je sais pourquoi il n'y a pas de verre sur l'aquarelle aux iris bleus, pourquoi la fenêtre ne s'ouvre qu'en partie, et pourquoi la vitre est en verre incassable. Ce n'est pas la fuite qu'ils craignent. Nous n'irions pas loin. Ce sont ces autres évasions, celles que l'on peut ouvrir en soi-même, si l'on dispose d'un objet tranchant.
Aucune mère ne correspond jamais, totalement, à l'idée que se fait un enfant de la mère parfaite, et je suppose que l'inverse est vrai également.
J'ai commencé « La Servante écarlate » à Berlin-Ouest, en 1984 – oui, George Orwell regardait par-dessus mon épaule –, sur une machine à écrire allemande que j'avais louée. Le Mur était tout autour de nous. De l'autre côté, il y avait Berlin-Est, et aussi la Tchécoslovaquie et la Pologne, que j'ai visités tous les trois à l'époque. Je me souviens de ce que me disaient les gens et de ce qu'ils ne me disaient pas. Je me souviens des pauses significatives. Je me souviens que j'étais moi-même obligée de faire attention à ce que je disais, de peur de mettre quelqu'un en danger par inadvertance. Tout cela s'est retrouvé dans mon livre.
Dans la même œuvre
Je sais où je suis, qui je suis, et quel jour nous sommes : tels sont les tests, je suis saine d'esprit. La santé mentale est un bien précieux. Je l'économise comme les gens jadis économisaient de l'argent, pour en avoir suffisamment, le moment venu.
Il y a beaucoup de choses auxquelles il n'est pas supportable de penser. Penser peut nuire à nos chances, et j'ai l'intention de durer.
En ce moment, je n'ai pas peur de lui. C'est difficile d'avoir peur d'un homme qui est assis à vous regarder vous mettre de la crème sur les mains. Cette absence de peur est dangereuse.
Nous vivions comme d'habitude, en ignorant. Ignorer n'est pas la même chose que l'ignorance, il faut se donner la peine d'y arriver.
L'amour, disait Tante Lydia avec dégoût. Que je ne vous y prenne pas. Pas de rêvasseries, pas de langueurs du mois de juin ici, mesdemoiselles. Elle nous menaçait du doigt. L'amour n'est pas l'essentiel.