Dès le départ, il la domine : nous ne sommes pas du même monde, et nos deux mondes ne se mélangeront jamais. Je ne t'épouserai pas. Sa feuille de route, c'est qu'il est le plus fort et qu'il s'assure qu'il a, au dessous de lui, des gens pour leur marcher dessus. S'il finit par reconnaître sa fille, il pense : j'ai encore une corde à mon arc, j'ai encore un moyen de dominer, c'est l'inceste. Il ignore l'interdit fondamental d'avoir des relations sexuelles avec son enfant. Il refuse de reconnaître cet interdit qui s'applique à tous. Parce que c'est encore une manière pour lui de dire : je suis le plus fort. C'est sa façon ultime d'annuler la reconnaissance de sa fille.
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Sa chambre et la mienne étaient séparées par une cloison, à laquelle la tête de nos deux lits était collée. Le soir, avant d'éteindre la lumière, je tapais trois petits coups dans le mur, elle répondait par trois coups identiques.
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Ecrire n'est pas choisir son récit. Mais plutôt le prendre, dans ses bras, et le mettre tranquillement sur la page, le plus tranquillement possible, le plus tel que possible.
Le timbre de sa voix n'était pas le même qu'avant. Les mots avaient l'air de sortir d'une boîte ancienne, d'y avoir été conservés plusieurs années, d'en sortir un par un, détachés les uns des autres, sans fluidité, comme de vieux papiers qui s'effritaient entre ses doigts à la lumière.
Vois-tu, on ne meurt jamais entièrement, parce qu'on transmet aux autres, aux survivants, surtout à ceux qui vous aiment et vous connaissent bien, un peu de son être.
Rassembler les familles c'est un crime.
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Il est là mon plus beau collier. C'est les deux bras de ma petite fille.
- Voyons. Comment t'expliquer ? L'amour pour son enfant, c'est un amour très très grand. Immense. Sûrement le plus grand, si vraiment on devait dire quel est le plus grand. Mais il n'est pas de la même nature.
Tu te souviens du poème de Victor Hugo ? « Oh l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie… Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier… ? » Bon. Ça, c'est l'amour entre une mère et son enfant. Il ne meurt jamais. Il ne finit jamais. C'est un amour éternel. L'amour entre un homme et une femme c'est autre chose. Il peut ne pas être éternel. Mais il est très fort aussi.
Les gens veulent l'amour conjugal parce qu'il leur apporte un bien être, une certaine paix. C'est un amour prévisible puisqu'ils l'attendent , qu'ils l'attendent pour des raisons précises. Un peu ennuyeux, comme tout ce qui est prévisible. La passion amoureuse, elle, est liée au surgissement. Elle brouille l'ordre, elle surprend.
La passion amoureuse, elle, est liée au surgissement. Elle brouille l'ordre, elle surprend.