Œuvre

Voyage au bout de la nuit (1932)

Faut entendre au fond de toutes les musiques l'air sans notes, fait pour nous, l'air de la Mort.
A-t-on jamais vu personne descendre en enfer pour remplacer un autre? Jamais. On l'y voit l'y faire descendre. C'est tout.
Etre vieux, c'est ne plus trouver de rôle ardent à jouer, c'est tomber dans cette insipide relâche où on n'attend plus que la mort.
On dirait qu'on peut toujours trouver pour n'importe quel homme une sorte de chose pour laquelle il est prêt à mourir et tout de suite et bien content encore.
Trahir, qu'on dit, c'est vite dit. Faut encore saisir l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse.
Tout devient plaisir dès qu'on a pour but d'être seulement bien ensemble, parce qu'alors on dirait qu'on est enfin libres. On oublie sa vie, c'est-à-dire les choses du pognon.
C'est la manie des jeunes de mettre toute l'humanité dans un derrière, un seul, le sacré rêve, la rage d'amour.
On n'a jamais assez de temps c'est vrai, rien que pour penser à soi-même.
La jeunesse vraie, la seule, ... c'est d'aimer tout le monde sans distinction, cela seulement est vrai, cela seulement est jeune et nouveau.
Etre seul c'est s'entraîner à la mort.
Le bonheur sur terre ça serait de mourir avec plaisir, dans du plaisir... Le reste c'est rien du tout, c'est de la peur qu'on n'ose pas avouer, c'est de l'art.
Rien qui n'éteigne comme un feu sacré.
Un fou, ce n'est que les idées ordinaires d'un homme mais bien enfermées dans une tête. Le monde n'y passe pas à travers sa tête et ça suffit. Ca devient comme un lac sans rivière une tête fermée, une infection.
... la guerre et la maladie, ces deux infinis du cauchemar.
Entre le pénis et les mathématiques ..., il n'existe rien! Rien! C'est le vide!
... un homme ... ce n'est rien après tout que de la pourriture en suspens...
Ne croyez donc jamais d'emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s'ils peuvent dormir encore?... Si oui, tout va bien. Ca suffit.
Invoquer sa postérité, c'est faire un discours aux asticots.
La médecine, c'est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l'air d'un larbin, par les pauvres on a tout du voleur.
Tant que le militaire ne tue pas, c'est un enfant. On l'amuse aisément. N'ayant pas l'habitude de penser, dès qu'on lui parle il est forcé pour essayer de vous comprendre de se résoudre à des efforts accablants.
De la prison, on en sort vivant, pas de la guerre. Tout le reste, c'est de mots.
L'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches et j'ai ma dignité, moi!
Il n'y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n'a pas encore été dit. On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire.
Engraisser les sillons du laboureur anonyme, c'est le véritable avenir du véritable soldat.
Ah! je t'aime Julie, tellement que je boufferais ta merde, même si tu faisais des étrons grands comme ça.