Œuvre

Vie de Rancé (1844)

Admirable tremblement du temps! Souvent les hommes de génie ont annoncé leur fin par des chefs-d'oeuvre: c'est leur âme qui s'envole.
Il (Saint-Simon) écrivait à la diable pour l'immortalité.
L'amitié? Elle disparaît quand celui qui est aimé tombe dans le malheur, ou quand celui qui aime devient puissant.
La vieillesse est une voyageuse de nuit: la terre lui est cachée; elle ne découvre plus que le ciel.
Les danses s'établissent sur la poussière des morts, et les tombeaux poussent sous les pas de la joie.
Les hommes éclatants ont un penchant pour les lieux obscurs.
On compte ses aïeux lorsqu'on ne compte plus.
Rompre avec les choses réelles, ce n'est rien; mais avec les souvenirs! le coeur se brise à la séparation des songes, tant il y a peu de réalité dans l'homme.
A mon âge, on n'a plus que les impuissances de la vie.
Rancé fréquentait les églises, passant des heures à prier dans ces habitacles oubliés sur tant de collines célèbres.
Cette liberté esclave avait quelques avantages: ce qu'on perdait en franchises dans l'intérieur, on le gagnait au dehors en dominations: le Français était enchaîné, la France libre.
L'amour? il est trompé, fugitif ou coupable.
La renommée? Vous la partagez avec la médiocrité ou le crime.
La fortune? pourrait-on compter comme un bien cette frivolité?