Œuvre

Un barrage contre le Pacifique (1950)

En principe, prétendaient-ils, l'assèchement de la plaine ne pouvait faire l'objet que d'un plan gouvernemental, mais aucun règlement, à leur connaissance, n'interdisait à un concessionnaire de faire des barrages sur sa propre concession.
La piste restait aux enfants. Quand un automobiliste en écrasait un il s'arrêtait parfois, payait un tribut aux parents et repartait.
Joseph forçait toujours Suzanne à rentrer dans l'eau. Il aurait voulu qu'elle sache bien nager pour se baigner avec lui dans la mer, à Ram. Suzanne était réticente.
Quand j'essayais de regarder l'écran c'était terrible, la tête me tournait. C'était une bouillie noire et blanche qui dansait au-dessus de ma tête et qui me donnait le mal de mer.
Fille de paysans, elle avait été si bonne écolière que ses parents l'avaient laissée aller jusqu'au brevet supérieur.
L'après-midi était encore brûlant et le soleil était haut dans le ciel.
Il est vrai que la mer ne montait pas à la même hauteur chaque année. Mais elle montait toujours suffisamment pour brûler tout, directement ou par infiltration.
La mère taillait ses bananiers. Le caporal les butait et les arrosait derrière elle.
L'essor du caoutchouc était tel que beaucoup s'étaient improvisés planteurs, du jour au lendemain, sans compétence.
Quand on les prend jeunes, on peut en faire les compagnes les plus dévouées, les collaboratrices les plus sûres, continua-t-il.
Joseph ... avait fini de réparer le petit pont de bois. Maintenant il consolidait les piliers avec des pierres qu'il allait chercher sur la piste.
Le caporal demanda à Suzanne s'il fallait commencer le travail chez eux, leurs semis, dans l'ensemble, étant prêts pour le dépiquage.
A travers l'eau pure du diamant l'avenir s'étalait en effet, étincelant. On y entrait, un peu aveuglé, étourdi.
Le cheval était trop vieux, bien plus vieux que la mère pour un cheval, un vieillard centenaire. Il essaya honnêtement de faire le travail qu'on lui demandait et qui était bien au-dessus de ses forces depuis longtemps, puis il creva.
Tu verras, c'est dehors qu'ils sont bien. Il ne faut pas enfermer les hommes. C'est dans la rue qu'ils sont le mieux.