Œuvre

Situations II (1948)

Un sanglot tout nu n'est pas beau; il offense. Un bon raisonnement offense aussi, comme Stendhal l'avait bien vu. Mais un raisonnement qui masque un sanglot, voilà notre affaire.
Faut-il donc s'accommoder d'être lu en secret, presque en cachette, faut-il que l'oeuvre d'art mûrisse comme un beau vice doré tout au fond d'âmes solitaires?
Je n'ai jamais cru qu'on faisait de la bonne littérature avec de mauvais sentiments. Mais je pense que les bons sentiments ne sont jamais donnés d'avance: il faut que chacun les invente à son tour.
La Peste, de Camus, qui vient de paraître, me semble un bon exemple de ce mouvement unificateur qui fond dans l'unité organique d'un seul mythe une pluralité de thèmes critiques et constructeurs.