Œuvre
Remarques et pensées (1901)
L'homme jeté dans la vie sans parents nait dans le monde sans place précise. Qui recevra ses premières caresses ?
Faire la leçon aux autres n'est pas de la franchise, mais de l'orgueil.
Divulguer le secret des autres n'est pas de la franchise, mais de l'indiscrétion.
On n'est franc que lorsqu'on l'est contre soi-même.
Etre modeste, c'est avoir conscience de ce qui nous manque.
La jeunesse n'est pas indulgente ; elle ne connaît pas la tentation.
Pardonner une injure, c'est affirmer qu'elle n'est pas méritée.
L'innocence est la page blanche ; la vertu est la page écrite.
Pour guérir la haine, tais du bien à ton ennemi.
Pour voir de haut, élevons-nous.
Tout change sans cesse ; les choses ne se fixent que dans le souvenir, et la mémoire elle-même est fugitive.
Il faut aimer les autres malgré leurs défauts, comme on s'aime soi-même malgré les siens.
Faire acte de bonté, c'est se donner une joie.
Ce n'est pas seulement quand il aime que le coeur se fait des illusions ; c'est aussi quand il ne veut plus aimer.
Qui a changé ? Celui qui a cessé d'aimer, ou celui qui a cessé de plaire ?
Chaque fois qu'on aime, on croit être à son premier et à son dernier amour.
Un amoureux est un homme qui se met à quatre pattes en croyant n'être qu'à genoux.
Même quand il est malheureux, l'amour n'est pas un malheur : l'âme s'épure et s'élève quand elle se donne et quand elle souffre.
L'amour pur est le délicieux préliminaire de l'autre.
Aimer sans respect, c'est n'aimer que le corps.
L'amour est l'exaspération féroce de l'égoïsme.
Savoir aimer, ce serait aimer pour ce qu'on aime au lieu d'aimer pour soi.
L'amour, c'est soi ; l'amitié, c'est les autres.
L'homme qui n'aime plus peut demander à l'amitié de masquer le vide que l'amour a laissé dans son coeur ; mais, tant qu'il aime, heureux, il n'a pas besoin d'elle malheureux, elle est impuissante à le consoler.
L'amitié rarement se change en amour ; mais dans l'amour il y a toujours un peu d'amitié, qui survit si la flamme s'est éteinte doucement.