Œuvre

Réflexions ou Sentences et Maximes morales (1664)

La modération est comme la sobriété: on voudrait bien manger davantage, mais on craint de se faire mal.
La magnanimité est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend l'homme maître de lui-même pour le rendre maître de toutes choses.
L'humilité est l'autel sur lequel Dieu veut qu'on lui offre des sacrifices.
La jalousie naît toujours avec l'amour, mais elle ne meurt pas toujours avec lui.
On n'a plus de raison, quand on n'espère plus d'en trouver aux autres.
La justice, dans les juges qui sont modérés, n'est que l'amour de leur élévation.
La vérité est le fondement et la raison de la perfection, et de la beauté; une chose, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait être belle, et parfaite, si elle n'est véritablement tout ce qu'elle doit être, et si elle n'a tout ce qu'elle doit avoir.
La modération dans la bonne fortune n'est que l'appréhension de la honte qui suit l'emportement, ou la peur de perdre ce que l'on a.
La plupart des honnêtes femmes sont des trésors cachés, qui ne sont en sûreté que parce qu'on ne les cherche pas.
Il n'y a point de passion où l'amour de soi-même règne si puissamment que dans l'amour; et on es toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu'on aime qu'à perdre le sien.
Les philosophes, et Sénèque surtout, n'ont point ôté les crimes par leurs préceptes: ils n'ont fait que les employer au bâtiment de l'orgueil.
L'imagination produit plus de peines, que de jouissances.
L'amour de la justice n'est en la plupart des hommes que la crainte de souffrir l'injustice.
Comment prétendons-nous qu'un autre garde notre secret, si nous n'avons pu le garder nous-mêmes?
La jalousie naît toujours avec l'amour; mais elle ne meurt pas toujours avec lui.
On a toujours assez de courage en soi pour supporter le malheur d'autrui.
On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on se l'imagine.