Œuvre
Pilote de guerre (1942)
La démagogie s'introduit quand, faute de commune mesure, le principe d'égalité s'abâtardit en principe d'identité.
Il s'est fait prendre sur la route dans des embouteillages inextricables.
Chaque camion qui progresse ou qui tente de progresser, risque de condamner un peuple. Car, en progressant contre le courant, il embouteille inexorablement une route entière.
L'esprit seul fertilise l'intelligence. Il l'engrosse de l'oeuvre à venir. L'intelligence la conduira à terme.
On évacue, dit-on, les populations. Ce n'est déjà plus vrai. Elles s'évacuent d'elles-mêmes. Il est une contagion démente dans cet exode. Car où vont-ils, ces vagabonds ?
Si, dans l'intention de m'absoudre, j'excuse mes malheurs par la fatalité, je me soumets à la fatalité.
Il est beau de se sacrifier: quelques-uns meurent pour que les autres soient sauvés. On fait la part du feu dans l'incendie.
S'il n'est point de noeud qui les unisse, les hommes sont juxtaposés et non liés.
On ne fonde en soi l'être dont on se réclame que par des actes. Un être n'est pas de l'empire du langage, mais de celui des actes. Notre humanisme a négligé les actes.
Je comprends l'origine de la fraternité des hommes. On ne peut être frère qu'en quelque chose. S'il n'est point de noeud qui les unisse, les hommes sont juxtaposés et non liés. On ne peut être frère tout court.
Mais le drame physique lui-même ne nous touche que si l'on nous montre son sens spirituel.
Je songe à une formule vieille comme mon pays: «En France, quand tout semble perdu, un miracle sauve la France».
Le sculpteur est lourd du poids de son oeuvre: peu importe s'il ignore comment il pétrira. De coup de pouce en coup de pouce, d'erreur en erreur, de contradiction en contradiction, il marchera droit, à travers la glaise, vers sa création.
La guerre, ce n'est pas l'acceptation du risque. Ce n'est pas l'acceptation du combat. C'est à certaines heures, pour le combattant, l'acceptation pure et simple de la mort.
La route invisible de la pesanteur délivre la pierre. Les pentes invisibles de l'amour délivrent l'homme.
Ma civilisation a cherché à faire de chaque homme l'Ambassadeur d'un même prince. Elle a considéré l'individu comme chemin ou message de plus grand que lui-même, elle a offert à la liberté de son ascension des directions aimantées.
Ma civilisation est héritière des valeurs chrétiennes. Je réfléchirai sur la construction de la cathédrale, afin de mieux comprendre son architecture.
Ma civilisation, héritant de Dieu, a fait les hommes égaux en l'Homme.
D'où suis-je? Je suis de mon enfance. Je suis de mon enfance comme d'un pays.
Le sacrifice perd toute grandeur s'il n'est plus qu'une parodie ou un suicide. Il est beau de se sacrifier: quelques-uns meurent pour que les autres soient sauvés. On fait la part du feu dans l'incendie.
La règle, l'équerre, le compas, on en usera pour bâtir le monde, ou pour triompher des ennemis.
J'espérais désespérément. Je remontais dans ma mémoire jusqu'à l'enfance, pour retrouver le sentiment d'une protection souveraine. Il n'est point de protection pour les hommes.
L'amour, on ne le discute pas. Il est. Que vienne la nuit, pour que se montre à moi quelque évidence qui mérite l'amour !
Mais, ayant oublié l'Homme, nous avons défini notre Liberté comme une licence vague, exclusivement limitée par le tort causé à autrui. Ce qui est vide de signification, car il n'est point d'acte qui n'engage autrui.
Que suis-je si je ne participe pas ? J'ai besoin, pour être, de participer.