Œuvre

Pensées

La faiblesse qui conserve vaut mieux que la force qui détruit.
Les hommes d'Etat s'enivrent de la vapeur du vin qu'ils versent, et leur propre mensonge les déçoit.
La grâce imite la pudeur, comme la politesse imite la bonté.
La force est naturelle; mais il y a de l'habitude dans la grâce. Cette qualité charmante a besoin d'être pratiquée, pour devenir continuelle.
Les beaux habits sont un signe de joie.
L'insouciance est l'art de se balancer dans la vie comme sur une escarpolette, sans s'inquiéter du moment où la corde cassera.
La peine du talion n'est pas toujours équitable, quand elle égalise; mais elle est toujours atroce, quand elle excède. «C'est la justice des injustes», disait Saint-Augustin; nous pouvons ajouter, des ignorants, et des barbares.
La justice est la vérité en action.
Toutes les langues roulent de l'or.
La liberté doit être comme dans une urne, et l'urne dans les mains du prince, pour la déverser à propos.
Un des maux de notre littérature, c'est que nos savants ont peu d'esprit, et que nos hommes d'esprit ne sont pas savants.
Il faut que la fin d'un ouvrage fasse toujours souvenir du commencement.
Tout luxe corrompt ou les moeurs ou le goût.
La tulipe est une fleur sans âme; mais il semble que la rose et le lys en aient une.
Génies gras, ne méprisez pas les maigres!
Ce qui est vrai à la lampe n'est pas toujours vrai au soleil.
La médisance est le soulagement de la malignité.
La misanthropie est presque toujours une grande vanité cachée sous une peau de hérison.
La religion est la seule métaphysique que le vulgaire soit capable d'entendre et d'adopter.
La force de cervelle fait les entêtés, et la force d'esprit les caractères fermes.
Repos aux bons! Paix aux tranquilles.
On veut que le pauvre soit sans défauts; c'est que peut-être il lui serait facile d'être parfait. La misère éteint les passions, et l'abondance les nourrit. Les petits n'ont guère que des besoins.
La voix du peuple n'a d'autorité que lorsqu'elle est celle d'un peuple contenu.
Cet arbre qui a toujours l'air jeune, même quand il est vieux.
Le poète s'interroge; le philosophe se regarde.