Œuvre

Pensées, Sujets, Fragments (1910)

Le Dieu du Christianisme n'a jamais été peint que vieillard. Pour les uns c'est une ganache, pour les autres un père.
II n'y a pas une religion qui ne se ressemble et ne produise les mêmes effets, la même somme de mal et la même somme de bien, et ceci est vrai des gouvernements et des institutions partielles.
Pascal a écrit : « Sans Jésus-Christ le monde ne subsisterait pas. » Je voudrais bien que la figure de l'Amérique comparût à ses yeux. Heureux peuple, jusqu'au xv e siècle, dépeuplée, suppliciée pendant trois cents ans. J'aurais voulu que le monde mahométan, que la Chine lui apparussent et que l'Asie lui tirât les oreilles.
La guerre est un duel de peuple à peuple, il maintient le droit entre les nations comme le duel entretient la politesse entre hommes.
La gloire est le soleil des morts.
Si les masses se multiplient par celle de toutes les intelligences qui les composent, elles se multiplient également par leur ignorance, en sorte que tout est possible avec elles, les niaiseries et les belles choses, c'est selon.
Ce que la religion catholique a de beau, ce sont ses principes généreux : la résignation, le dévouement enseignés par Jésus-Christ, deux principes de sociabilité.
J'ai toujours eu quelques heures de joie mélancolique, de rire et de réflexion en songeant à Jésus-Christ rencontrant Jules II ou même Léon X.
Mahomet, Jésus-Christ, Moïse ont eu de grands succès en Occident. Mais les législations de l'Asie en ont eu davantage et la Chine est une preuve étonnante contre l'Europe.
On ne doit toucher à son ennemi que pour lui abattre la tête.
Les grands hommes sont comme les rochers de la mer. Il ne peut s'y attacher que des huîtres.
La finesse qui réussit toujours est de la force.
Le goût est la conscience de l'esprit.
La plus belle des vengeances est le dédain de la vengeance.
C'est au coeur que les gens de Paris ont la pierre.
Il y a des douleurs qu'on aime à ressentir.
L'amour est la plus étonnante forme de l'égoïsme.
Une belle âme est portée vers les grandes affections et une tête forte tend aux grandes idées.
Avoir une belle âme et une tête forte, il y a combat ; il faut que le coeur ou la tête remportent L'un sur l'autre.
Rien n'est difficile à convaincre comme un imbécile qui se croit Homère.
Les oeuvres légères vont aux nues tout à coup.
L'amour est bien loin quand une femme songe à le réveiller.
Les haines les plus vives naissent au sein des amitiés.
Marius, Cromwell et Robespierre ont-ils empêché César, les Lords et Napoléon ?
II y a deux jalousies, celle qui fait qu'on se défie de sa maîtresse, et celle qui fait qu'on se défie de soi-même.