Œuvre
Pensées pour moi-même, IV
Les hommes sont faits les uns pour les autres ; instruis-les donc ou supporte-les.
Ne fais jamais quoi que ce soit à la légère ; et règle uniquement tous tes actes d'après la réflexion, complément nécessaire de la pratique.
Si l'intelligence est notre bien commun à tous, la raison, qui fait de nous des êtres raisonnables, nous est commune aussi.
Supprime l'idée que tu t'es faite ; et, du même coup, tu supprimes aussi ta plainte : Je suis blessé. Supprime le Je suis blessé ; et, du même coup, la blessure est supprimée également.
Tout ce qui ne rend pas l'homme plus mauvais vis-à-vis de lui-même, ne peut pas non plus rendre sa vie plus mauvaise, et ne peut lui nuire ni au dehors ni au dedans.
La nature du bien universel est contrainte nécessairement à faire ce qu'elle fait.
Ne prends jamais les choses sous le point de vue où les voit celui qui t'insulte, ni au point de vue sous lequel il voudrait te les faire voir. Pour toi, ne les considère que dans leur réalité.
As-tu la raison en partage ? - Oui, sans doute, je l'ai. - Alors, pourquoi n'en uses-tu pas ? Car, du moment que la raison remplit le rôle qui est le sien, que peux-tu vouloir de plus ?
Sur le même autel, il y a bien des grains d'encens ; tel grain est le premier qui tombe dans le feu ; tel autre n'y tombe qu'un peu plus tard. Ce n'est pas une différence.
Ne te conduis pas comme si tu devais vivre des millions d'années. L'inévitable dette est suspendue sur toi. Pendant que tu vis, pendant que tu le peux encore, deviens homme de bien.
Ne point se laisser entraîner par le tourbillon ; mais, dans toute entreprise, s'appliquera ce qui est juste ; et, dans toute pensée, conserver avant tout la plénitude de l'intelligence, qui comprend les choses.
Tout est éphémère, et l'être qui se souvient des choses, et la chose dont il se souvient.
Se rappeler toujours cette sentence d'Héraclite : La mort de la terre, c'est de se changer en eau ; la mort de l'eau, c'est de se changer en air ; la mort de l'air, de se changer en feu ; et réciproquement.