Œuvre

On ne badine pas avec l'amour (1834)

On ne badine pas avec l'amour
Ou je me trompe fort, ou quelque joyeuse bombance est dans l'air aujourd'hui.
C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.
Le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange.
Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées.
Orgueil, le plus fatal des conseillers humains, qu'es-tu venu faire entre cette fille et moi?
L'amitié ni l'amour ne doivent recevoir que ce qu'ils peuvent rendre.
Est-ce donc une monnaie que votre amour, pour qu'il puisse passer ainsi de mains en mains jusqu'à la mort ? Non, ce n'est pas même une monnaie; car la plus mince pièce d'or vaut mieux que vous, et dans quelques mains qu'elle passe elle garde son effigie.
Trop de pudeur est sans doute un défaut; mais le mariage lève bien des scrupules.
Vous souriez quand on vous parle de femmes désolées; vous ne croyez pas qu'on puisse mourir d'amour, vous qui vivez et qui avez aimé.
L'homme n'est-il donc né que pour un coin de terre, pour y bâtir son nid et pour y vivre un jour ?
Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir ; je veux aimer d'un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas.