Œuvre

Odes et Ballades (1826)

Heureux qui peut, au sein du vallon solitaire, - Naître, vivre et mourir sur le champ paternel.
Le plus beau patrimoine est un nom révéré.
J'ai des rêves de guerre en mon âme inquiète; - J'aurais été soldat, si je n'étais poète.
Il était laid: des traits austères, - La main plus rude que le gant.
Etrangers, vous m'avez accueilli comme un frère, - Et fait asseoir dans vos banquets.
Admirons les grands maîtres, ne les imitons pas.
Souvent des vents jaloux jouet involontaire, - L'aiglon suspend son vol, à peine déployé ...
Déjà l'incendie, hydre immense - Lève son aile sombre et ses langues de feu.
O Dieu! ne reprends pas ceux que ta flamme anime.
L'ardent foyer jetait des clartés fantastiques.
Telles, quand une bombe ardente, meurtrière, - Décrit dans un ciel noir sa courbe incendiaire.
L'arène de la guerre a pour nous tant d'attrait!
L'aspect du sang n'est doux qu'au regard des méchants.
Chasse le noir passé qui nous attriste encore.
Que peut cacher la tombe à ton oeil attristé?
Nul, dans notre âge aveugle et vain de ses sciences, - Ne sait plier les deux genoux.
J'aimais les fiers coursiers, aux crinières flottantes, - Et l'éperon froissant les rauques étriers.
Que nos trompettes éclatantes - Glacent l'ennemi méprisé.
La littérature actuelle peut être en partie le résultat de la révolution, sans en être l'expression.
Déjà le frêle esquif qui doit nous ramener - Sur les eaux du lac étincelle.
A la jeunesse qui s'envole, - A la gloire, au plaisir frivole, - J'ai dit l'adieu fier de Caton.
Nul dans notre âge aveugle et vain de ses sciences, - Ne sait plier les deux genoux!
Je t'aime comme un être au-dessus de ma vie, - Comme une antique aïeule aux prévoyants discours, - Comme une soeur craintive, à mes maux asservie, - Comme un dernier enfant, qu'on a dans ses vieux jours!
C'est qu'il faut un chaos à qui veut faire un monde.