Œuvre

Mémoires de guerre (1944-1946)

... Toujours le chef est seul en face du mauvais destin.
Comme chef de l'Etat, deux choses lui avaient manqué: qu'il fût un chef; qu'il y eût un Etat.
Dans le tumulte des hommes et des événements, la solitude était ma tentation. Maintenant, elle est mon amie. De quelle autre se contenter quand on a rencontré l'Histoire?
Face à l'événement, c'est à soi-même que recourt l'homme de caractère. Son mouvement est d'imposer à l'action sa marque, de la prendre à son compte, d'en faire son affaire.
La plus grande dévotion ne saurait empêcher que les affaires soient les affaires.
Le gouvernement ... n'a pas de propositions à faire, mais des ordres à donner.
Les événements, dans les grands moments, ne supportent que des hommes susceptibles de diriger leur propre cours.
Les exigences d'un grand peuple sont à l'échelle de ses malheurs.
Les hommes, si lassants à voir dans les manoeuvres de l'ambition, combien sont-ils attrayants dans l'action pour une grande cause!
Quel homme vécut jamais une réussite achevée?
Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France.
La difficulté attire l'homme de caractère, car c'est en l'étreignant qu'il se réalise lui-même.
La France n'est réellement elle-même qu'au premier rang; seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même.
De là vient qu'en ce moment, les étendards des idéologies adverses: libérale, marxiste, hitlérienne, flottent dans le ciel des batailles ...
Une clique de politiciens tarés, d'affairistes sans honneur.
Toutes organisations de résistance ... devront être invitées à affilier leurs adhérents à l'un de ces mouvements.
Que de bruit, cependant, avait fait dans l'univers ce «Duce» ambitieux, audacieux, orgueilleux, cet homme d'Etat aux larges visées et aux gestes dramatiques.
Ce que cette sorte de perpétuelle menace pesant sur les hommes qui avaient la charge de gouverner, cet état presque chronique de crise, ces marchandages ... auront pu coûter au pays est proprement incalculable.
Eden me pressait d'accepter les termes d'un projet de communiqué établi à Washington par les trois gouvernements.
Nos dragueurs exécutaient le déminage de nos ports et de nos rades.
Les renseignements qui nous en arrivent par courriers, ceux, notamment, que nous fournit, depuis Paris, notre service du «noyautage des administrations publiques».
La victoire est aux dimensions de la guerre.
Depuis la crise du mois de mai, les rapports franco-britanniques étaient restés au frigidaire.
Les travaux que j'avais à faire, les délibérations auxquelles j'assistais, les contacts que je devais prendre, me montraient l'étendue de nos ressources, mais aussi l'infirmité de l'Etat.
Sans doute, leur commandement militaire était-il, en principe, favorable au ralliement qui procurerait des renforts. Mais d'autres instances anglaises étaient moins pressées.