Œuvre

Maximes et réflexions sur différents sujets de morale et de politique (1812)

L'amant jure d'aimer toujours, et change bien vite. L'ami ne jure point, et aime toujours; mais l'amant et l'ami sont la même personne. Ainsi la vie se passe à promettre sans tenir, et à tenir sans promettre.
Le bonheur est chez nous, la dissipation chez les autres.
L'activité est aussi nécessaire au bonheur que l'agitation lui est contraire.
Il y a autant d'égoïsme dans l'esprit des femmes, que de dévouement dans leur coeur.
Rien n'assure mieux le repos du coeur que le travail de l'esprit.
La vertu est le triomphe de la générosité sur l'intérêt.
La délicatesse est la fleur de la vertu.
La vertu, relativement à l'Etat, est la soumission aux lois, comme dans les relations privées, c'est l'exercice constant de la justice.
Soyez meilleurs, vous serez plus heureux.
L'honneur est fils du courage et de la vanité.
Vous croyez que vous êtes modeste... Je ne vous savais pas si orgueilleux.
L'homme d'esprit qui n'a rien publié est semblable au lingot dont la valeur n'est pas encore fixée par la marque du prince.
L'attention, c'est le burin de la mémoire.
Le passé est soldé, le présent vous échappe, pensez à l'avenir.
Le temps est comme l'argent ; n'en perdez pas, et vous en aurez assez.
L'oisiveté est aussi fatigante que le repos est doux.
Le génie crée, l'esprit arrange.
L'admiration préserve du malheur de l'envie.
La générosité pardonne, et l'imprudence oublie.
Il n'y a pas de langues assez riches pour exprimer sans périphrases ceux des mots d'une autre langue qui ont rapport aux opérations de l'entendement.
L'éducation n'est qu'un exercice raisonné et suivi.
La bienséance est la pudeur du vice, lorsqu'elle n'est pas la modestie de la vertu.
Si vous restiez debout, l'orgueil ne saurait vous écraser.
Ceux qui connaissent les hommes savent que le regret de n'avoir pas fait une mauvaise action profitable est bien plus commun que le remords.
S'il pouvait exister un pays où la religion permît le vice, les athées y prêcheraient dans le désert.