Œuvre
Main courante (1957)
Que d'hommes ne se connaissent pas d'autre raison de vivre que la peur de mourir!
La justice, c'est l'injustice équitablement partagée.
Un livre de maximes est une confession pudique.
La vie n'est pas mauvaise, elle est pire. On ne choisit pas ses parents, rarement sa religion, à peine ses amis et sa femme; ainsi presque tout dont dépend ou le bonheur ou le malheur de l'homme échappe à sa judiciaire.
Le mensonge est l'oxygène de la respiration sociale.
L'homme le plus redoutable à l'homme est l'homme qui veut le bonheur de l'homme.
Le bonheur ne se partage pas: on le vit ou on l'envie. Seul le malheur fait la communion des hommes.
La plupart des hommes prennent en amour leurs sensations pour des sentiments ; en religion, leurs sentiments pour des idées ; en politique, leurs idées pour des faits.
Duperie, que tout est duperie. La dernière illusion est de croire qu'on les a toutes perdues. Voulant ce qu'il peut, l'homme s'y console de ne pouvoir.
Le scénario des révolutions se répète : des prophètes les rêvent, des apôtres les font, des fripons les défont. Du vent, du sang, un gang.
S'il n'était que la haine et l'injustice à le répandre, le sang de l'homme ne coulerait guère, mais il y a l'Amour, le Droit, la Justice et la Religion.
Si on donne, on ne vous remercie pas ou à peine. Si on ne donne rien, on vous adresse un merci très appuyé : c'est tout bénéfice.
Les livres présument que la pensée siège dans le cerveau, la vie prouve que l'homme pense avec ses autres viscères.
Si l'erreur est une vérité provisoire, pourquoi la vérité ne serait-elle pas une erreur qui dure ?
J'ai eu longtemps une incapacité à mentir qui était une infirmité véritable. En vieillissant, cela s'améliore.