Œuvre
Mademoiselle de Maupin (1835), Préface
Les femmes sont curieuses; fassent le ciel et la morale qu'elles contentent leurs curiosités d'une manière plus légitime qu'Eve leur grand-mère, et n'aillent pas faire des questions au serpent.
Moi, n'en déplaise à ces messieurs, je suis de ceux pour qui le superflu est le nécessaire.
Mais c'est la mode maintenant d'être vertueux et chrétien, c'est une tournure qu'on se donne; on se pose en saint Jérôme ...
On aurait dit que les journalistes étaient devenus quakers ... Jamais on ne les avait vus si fondants, si émollients; - c'était de la crème et du petit-lait.
Nous nous plaisons à reconnaître que l'extinction du vaudeville et de l'opéra-comique, en France (genre national), serait un des plus grands bienfaits de la presse et du ciel.
Je ne sais qui a dit je ne sais où que la littérature et les arts influaient sur les moeurs. Qui que ce soit, c'est indubitablement un grand sot.
Que voit-on dans les comédies du grand Molière? La sainte institution du mariage (style de catéchisme et de journaliste) bafouée et tournée en ridicule à chaque scène.
Y a-t-il quelque chose d'absolument utile sur cette terre et dans cette vie où nous sommes? D'abord, il est très peu utile que nous soyons sur terre et que nous vivions.
Il n'y a rien au monde qui coure plus vite qu'une virginité qui s'en va et qu'une illusion qui s'envole.
Dans Molière, la vertu est toujours cocue et rossée.
Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c'est l'expression de quelque besoin, et ceux de l'homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature.
L'endroit le plus utile d'une maison, ce sont les latrines.
A quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l'inventeur de la moutarde blanche ?