Œuvre

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

Je fais connaissance avec ces étranges «bouillons» où l'on paye chaque plat au moyen de jetons préalablement achetés à la caisse et où l'on va soi-même quérir sa portion devant un long comptoir de marbre.
Elles avaient la passion des chambards domestiques et des déménagements.
Ma santé, longtemps chancelante, sembalit s'affermir.
Le plus clair de nos pensées, aux instants de loisir, allait naturellement vers les choses de l'amour.
Je me couchais, le soir, heureux, courbatu, mort de saine lassitude.
J'ai, pendant la fin de mes études, suivi parfois la consultation de Doleris, accoucheur émérite.
J'étais plus souvent dans la rue, à rêver le long des trottoirs et c'est pendant ces errances que j'ai lentement conçu tous les ouvrages qu'il m'a été donné de composer par la suite.
Le bon sens populaire a fait, depuis longtemps, justice d'une expression malheureuse: on ne dit plus jamais fille de joie, on pense parfois fille de douleur.