Œuvre

Lire et écrire (1960)

Un bon style se doit d'abord de supprimer tout vide entre le sens et l'expression.
Ne pas vouloir tout aimer et savoir aimer vraiment ce qu'on aime: cela, qui paraît facile, ne s'obtient de soi que par force.
Il y a d'immenses jardins de la culture que j'ignore, mais une abeille n'a pas besoin de toutes les fleurs.
L'esprit brille davantage dans le dénigrement que dans l'éloge.
Reluire, en argot, c'est jouir.
N'espère pas être bien jugé par tes proches ni par tes égaux.
Une pensée bien exprimée est toujours musicale.
Qui s'écoute parler et se regarde écrire par la langue ou la plume est de l'espèce pire.
Une oeuvre a l'âge de son style.
Mieux vaut être stérilisé par l'intelligence que fécondé par la sottise.
Un amour-propre d'auteur, cela se doit manier avec une pince à sucre. Je crains que ma franchise ne ressemble plutôt à un crochet de chiffonnier.
Il est plus facile de faire tourner ou tomber des têtes avec ses écrits, que d'en former de bonnes.
Le plus à plaindre sont ceux qui ne savent pas ce qu'ils n'ont pas appris.
Le mot de Royer-Collard à Vigny : «Je ne lis rien, je relis» Pas si bête ! On choisit ce qu'on relit ce qu'on lit pour la première fois nous fait presque toujours perdre notre temps.
J'attends d'un auteur qu'il me parle de lui, c'est-à-dire de moi : qu'il augmente la conscience que j'ai de moi-même par identification ou par opposition avec la sienne.