Œuvre

Lettres de Vincent à son frère Théo (1872-1890)

... Il ne faut pas juger le bon Dieu sur ce monde-ci, car c'est une étude de lui qui est mal venue.
N'oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu'à celles-là nous y obéissons sans le savoir.
Je crois de plus en plus qu'il ne faut pas juger le bon Dieu sur ce monde-ci, car c'est une étude de lui qui est mal venue.
Un tableau est aussi difficile à faire qu'un diamant gros ou petit à trouver.
La couleur par elle-même exprime quelque chose, on ne peut s'en passer.
Si l'on continue à aimer sincèrement ce qui est vraiment digne d'amour et qu'on ne gaspille pas son amour à des choses insignifiantes et nulles et fades, on obtiendra peu à peu plus de lumière et l'on deviendra plus fort.
Je préfère peindre des yeux humains plutôt que des cathédrales, si majestueuses et si imposantes soient-elles - l'âme d'un être humain, même les yeux d'un pitoyable gueux ou d'une fille du trottoir sont plus intéressants selon moi.
Ayez plus d'espérance que de souvenirs ; ce qu'il y a eu de sérieux et de béni dans votre vie passée n'est pas perdu ; ne vous en occupez donc plus, vous le retrouverez ailleurs, mais avancez.
Est-ce qu'on doit, est-ce qu'on peut tenir compte de tout cela quand on aime ? Non - foin de tous calculs - j'aime parce que j'aime.
Je trouve également belle la maxime de Gavarni : Il s'agit de saisir ce qui ne passe pas dans ce qui passe.
Pas plus que les girouettes ne modifient en quoi que ce soit la direction du vent, les opinions humaines ne changent rien à certaines vérités fondamentales.
Les principes ne sont bons que lorsqu'ils engendrent des actes ; je trouve bon de réfléchir et de se montrer consciencieux, parce que cela accroît l'activité d'un homme et fait un tout de ses divers actes.
N'oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu'à celles-ci nous obéissons sans le savoir.
Que la tempête se lève, que la nuit tombe ; qu'est-ce qui est le plus redoutable, le danger ou la peur du danger ? Je préfère la réalité, le danger même.
Quand on se révèle capable en une chose et l'on comprend bien une question, on peut être sûr d'en comprendre beaucoup d'autres.
Qui n'a pas appris à dire elle et aucune autre sait-il ce que c'est que l'amour ?
Trouve beau tout ce que tu peux, la plupart ne trouvent pas suffisamment beau.
La Méditerranée a une couleur comme les maquereaux, c'est-à-dire changeante, on ne sait pas toujours si c'est vert ou violet, on ne sait pas toujours si c'est bleu, car la seconde après le reflet changeant a pris une teinte de rose ou grise...
La réussite est parfois le résultat de toute une série d'échecs.
Je pense à ce que dit Millet : Je ne veux point supprimer la souffrance, car souvent c'est elle qui fait s'exprimer le plus énergiquement les artistes.
Je ne me sens nulle part aussi étranger que dans ma famille et dans mon pays.
C'est Richepin qui a dit quelque part : L'amour de l'art fait perdre l'amour vrai. Je trouve cela terriblement juste, mais à l'encontre de cela, l'amour vrai dégoûte de l'art.
J'éprouve une passion irrésistible pour les livres et un besoin constant de cultiver mon esprit, d'étudier, qui m'est aussi vital que le pain.
Si je m'arrêtais d'agir, d'étudier, de chercher, alors, malheur à moi, je serais perdu.
C'est ainsi que je vois les choses, avancer, avancer toujours, quoi qu'il advienne.