Œuvre
Lettres à Milena (Posthume, 1952)
On a tort de sourire du héros qui gît en scène, blessé à mort, et qui chante un air, au théâtre. Nous passons des années à chanter en gisant.
Quand redressera-t-on enfin un peu ce monde à l'envers ? Le jour on va, on vient, on se promène, la tête rôtie ... et la nuit, au lieu du sommeil, il vous vient des idées de génie.
Le mal des poumons n'est qu'un débordement du mal moral.
L'amour, c'est que tu sois pour moi le couteau avec lequel je fouille en moi.
Les enfants deviennent inquiétants si on suppose qu'ils parlent et projettent en sachant ce que savent les adultes.
Mais les enfants sont sérieux et ne savent rien d'incroyable ; dix échecs ne les persuadent pas que la onzième fois ils ne réussiront pas à vous précipiter dans l'eau ; pis, ils ne savent même pas qu'ils n'ont pas réussi les dix fois précédentes.
Je t'aime, tête dure, comme la mer aime le menu gravier de ses profondeurs ; mon amour ne t'engloutit pas moins ; et puissé-je être aussi pour toi, avec la permission des cieux, ce qu'est le gravier pour la mer !
La douleur me guette dans les tempes. Est-ce que la flèche m'a été tirée dans les tempes au lieu de m'être tirée dans le coeur ?