Œuvre

Les testaments trahis

Les biographes ne connaissent pas la vie sexuelle de leur propre épouse, mais ils croient connaître celle de Stendhal ou de Faulkner.
... pleinement et radicalement roman: à savoir: territoire où le jugement moral est suspendu.
(Le roman) apprend au lecteur à être curieux de l'autre et à essayer de comprendre les vérités qui diffèrent des siennes.
Car la religion et l'humour sont incompatibles.
Le sens de l'histoire d'un art est opposé à celui de l'Histoire tout court. Par son caractère personnel, l'histoire d'un art est une vengeance de l'homme sur l'impersonnalité de l'Histoire de l'humanité.
... comme une grande musique qu'on peut réécouter sans fin, les grands romans eux aussi sont faits pour des lectures répétées ...
Vivre, c'est un lourd effort perpétuel pour ne pas se perdre soi-même de vue, pour être toujours solidement présent dans soi-même, dans sa stasis. Il suffit de sortir un petit instant de soi-même et on touche au domaine de la mort.
Il y a des choses qu'on ne peut que taire.
... personne n'est plus insensible que les gens sentimentaux.
... le moment présent ne ressemble pas à son souvenir. Le souvenir n'est pas la négation de l'oubli. Le souvenir est une forme de l'oubli.
Puisque de son vivant chaque auteur essaie de rendre public tout ce qui est essentiel, les fouilleurs de poubelles sont des passionnés de l'inessentiel.
Mais le conformisme de l'opinion publique est une force qui s'est érigée en tribunal, et le tribunal n'est pas là pour perdre son temps avec des pensées, il est là pour instruire des procès.
(La musique rock) n'est pas sentimentale, elle est extatique, elle est la prolongation d'un seul moment d'extase ...
L'homme est celui qui avance dans le brouillard.
Sans aucun doute, on pourrait écrire mieux telle ou telle phrase d'A la recherche du temps perdu. Mais où trouver ce fou qui voudrait lire un Proust amélioré?
«Laissez-nous un peu vous déformer, Maître, et on vous aimera.» Mais vient le moment où le Maître refuse d'être aimé à ce prix et préfère être détesté et compris.
Ce n'est, d'ailleurs, peut-être, que la brièveté de la vie qui empêche les artistes de comprendre jusqu'au bout la vanité de leur travail et d'organiser à temps l'oubli et de leur oeuvre et d'eux-mêmes.
Publier ce que l'auteur a supprimé est donc le même acte de viol que censurer ce qu'il a décidé de garder.
Il faut que celui qui pense ne s'efforce pas de persuader les autres de sa vérité; il se trouverait ainsi sur le chemin d'un système.