Œuvre

Les Rayons et les Ombres (1840)

Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes, - Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes - Sur la terre étendu ...
De tout ce qui fut nous, presque rien n'est vivant.
Les grands chars gémissants qui reviennent le soir.
Ma maison me regarde et ne me connaît plus.
Que peu de temps suffit pour changer toutes choses! - Nature au front serein, comme vous oubliez!
Car la poésie est l'étoile - Qui mène à Dieu rois et pasteurs.
Toutes les passions s'éloignent avec l'âge.
La frissonnante libellule - Mire les globes de ses yeux - Dans l'étang splendide où pullule - Tout un monde mystérieux.
Il contempla longtemps les formes magnifiques - Que la nature prend dans les champs pacifiques; - Il rêva jusqu'au soir; - Tout le jour il erra le long de la ravine, - Admirant tour à tour le ciel, face divine. Le lac, divin miroir.
Peuple !, écoutez le poète ! - Ecoutez le rêveur sacré ! - Dans votre nuit sans lui complète - Lui seul a le front éclairé.
Le poète en des jours impies vient préparer des jours meilleurs.
Souffrons! c'est la loi sévère. Aimons! c'est la douce loi. Aimons! soyons deux!
Peuples ! écoutez le poète ! - Ecoutez le rêveur sacré ! - Dans votre nuit, sans lui complète, - Lui seul a le front éclairé.
La nature est la grande lyre, - Le poète est l'archet divin !