Œuvre

Les portes de la perception (1954)

Nous vivons ensemble, nous agissons et réagissons les uns sur les autres; mais toujours, et en toutes circonstances, nous sommes seuls.
Nous pouvons mettre en commun des renseignements sur des expériences éprouvées, mais jamais les expériences elles-mêmes.
L'esprit se préoccupait primordialement, non pas de mesures et de situations, mais d'être et de signification. ... Et l'indifférence en ce qui concerne l'espace était accompagnée d'une indifférence vraiment complète en ce qui concerne le temps.
Dans les arts plastiques, c'est le sujet qui se charge de proposer; ce qui dispose, en fin de compte, c'est le tempérament de l'artiste.
Les contemplatifs ont peu de chances de devenir des joueurs, ou des procureurs, ou des ivrognes; ils ne prêchent pas, en général, l'intolérance, ni ne font la guerre; ils n'estiment pas nécessaire de voler, d'escroquer, ni de pressurer les pauvres.
Le monde extérieur est ce à quoi nous nous réveillons tous les matins de notre vie, c'est le lieu où, bon gré - mal gré, il nous faut essayer de faire notre vie.
Ce que nous percevons par la vue nous est étranger en tant que tel, et ne doit pas nous impressionner profondément.
Mais l'homme qui revient après avoir franchi la Porte dans le Mur ne sera jamais tout à fait le même que l'homme qui y était entré.
La réalité ne peut être passée sous silence, sauf moyennant un prix à payer; et plus on persiste à la passer sous silence, plus le prix à payer devient élevé et terrible.
La recherche de la Réalité et de l'Eternité impose une discipline que la grande majorité des hommes et des femmes ne sont pas disposés à subir.
Aider l'homme à surmonter ces passions, tel est le but de tout enseignement moral; et cette domination est un préliminaire et un accompagnement essentiel de la vie de spiritualité mystique.
Cela étant, il faut renoncer à notre tentative de combattre les distractions, et trouver des moyens de les circonvenir et de les éviter.
L'homme connaît tant d'autres choses; il ne se connaît pas lui-même.
Quiconque prête quelque attention à ses processus mentaux ne tarde pas à découvrir qu'une forte proportion de son temps est dépensée à remâcher et ruminer le passé et à goûter par avance l'avenir.
L'inquiétude est toujours de la vanité, parce qu'elle ne sert à rien de bon. Voire, même si le monde entier était jeté dans la confusion, avec toutes les choses qui s'y trouvent, l'inquiétude à ce sujet serait encore de la vanité.
Comme toujours, il est immensément plus facile de disserter sur de telles méthodes, et de faire des lectures à leur sujet, que de les mettre en pratique.
Nous ne pouvons voir la lune et les étoiles, tant qu'il nous plaît de demeurer dans l'effluve lumineux des réverbères et des réclames de whisky.
L'histoire des religions, même les plus avancées, est horriblement mouvementée. Leurs enseignements ont inspiré certains hommes à poursuivre la sainteté; elles ont servi à d'autres de justification à tous genres d'activité destructrice et diabolique.
Il en résulte que les mots ont des sens différents pour des gens situés à des niveaux d'être différents.
Trop prise au sérieux, la théologie peut éloigner les hommes de la vérité, au lieu de les mener vers elle.
Les mots peuvent causer de la confusion et créer des «enchevêtrements»; mais l'absence de mots engendre une obscurité totale.
La familiarité n'engendre pas nécessairement la compréhension; voire, elle se met souvent en travers de la compréhension. (Nous prenons la chose familière comme allant de soi, et n'essayons même pas de découvrir ce qu'elle est).
Un homme ne peut être nourri en savourant, par avance, en idée, le dîner de demain, ni en se rappelant ce qu'il a mangé il y a huit jours.
Aujourd'hui, après deux guerres mondiales et trois révolutions majeures, nous savons qu'il n'y a pas de corrélation nécessaire entre la technologie plus avancée et la morale plus avancée.
Le progrès technologique n'abolit pas les obstacles; il en change simplement la nature.