Œuvre
Les Particules élémentaires (1998)
D'abord révélée à l'animal sous la forme de la douleur physique, l'existence individuelle n'accède dans les sociétés humaines à la pleine conscience d'elle-même que par l'intermédiaire du mensonge, avec lequel elle peut en pratique se confondre.
Dans un monde qui ne respecte que la jeunesse, les êtres sont peu à peu dévorés.
Les relations familiales persistent quelques années, parfois quelques dizaines d'années, elles persistent en réalité beaucoup plus longtemps que toutes les autres; et puis, finalement, elles aussi s'éteignent.
La possibilité de vivre commence dans le regard de l'autre.
Considérant les événements présents de notre vie, nous oscillons sans cesse entre la croyance au hasard et l'évidence du déterminisme.
Notre malheur n'atteint son plus haut point que lorsque a été envisagée, suffisamment proche, la possibilité pratique du bonheur.
De tous les biens terrestres, la jeunesse physique est à l'évidence le plus précieux; et nous ne croyons plus aujourd'hui qu'aux biens terrestres.
Adolescent, Michel croyait que la souffrance donnait à l'homme une dignité supplémentaire. Il devait maintenant en convenir: il s'était trompé. Ce qui donnait à l'homme une dignité supplémentaire, c'était la télévision.
Au milieu de la grande barbarie naturelle, les êtres humains ont parfois (rarement) pu créer de petites places chaudes irradiées par l'amour. De petits espaces clos, réservés, où régnaient l'intersubjectivité et l'amour.
Prise dans son ensemble la nature sauvage justifiait une destruction totale, un holocauste universel - et la mission de l'homme sur la Terre était probablement d'accomplir cet holocauste.
Il est toujours curieux d'entendre les autres parler de soi, surtout quand ils ne semblent pas avoir conscience de votre présence. On peut avoir tendance à en perdre conscience soi-même, ce n'est pas déplaisant.
La plupart des garçons, surtout lorsqu'ils sont réunis en bandes, aspirent à infliger aux êtres les plus faibles des humiliations et des tortures. Au début de l'adolescence, en particulier, leur sauvagerie atteint des proportions inouïes.
La tendresse est antérieure à la séduction, c'est pourquoi il est si difficile de désespérer.
Une vie tendue vers un objectif laisse peu de place au souvenir.
Considérant le passé, on a toujours l'impression - probablement fallacieuse - d'un certain déterminisme.
Déterminé dans son principe et presque dans chacun de ses actes, le comportement humain n'admet que des bifurcations peu nombreuses, et ces bifurcations sont elles-mêmes peu suivies.
Optimisme, générosité, complicité, harmonie font avancer le monde. Demain sera féminin.
L'idéologie nazie a beaucoup contribué à discréditer les idées d'eugénisme et d'amélioration de la race; il a fallu plusieurs décennies pour y revenir.
C'est probablement ça, la vieillesse: les réactions émotionnelles s'émoussent, on garde peu de rancunes et on garde peu de joies; on s'intéresse surtout aux fonctionnement des organes, à leur équilibre précaire.
Les enfants supportent le monde que les adultes ont construit pour eux, ils essaient de s'y adapter de leur mieux; par la suite, en général, ils le reproduisent.
De tous les biens terrestres, la jeunesse est de toute évidence le plus précieux; et nous ne croyons plus aujourd'hui qu'aux biens terrestres.
On fait un enfant, ou on ne le fait pas; ce n'est pas de l'ordre de la décision rationnelle, ça ne fait pas partie des décisions qu'un être humain puisse rationnellement prendre.
Qu'aurait fait Heisenberg ? Qu'aurait fait Niels Bohr ? Prendre du champ, réfléchir marcher dans la campagne, écouter de la musique. Le nouveau ne se produit jamais par intrapolation de l'ancien.
De tous les biens terrestres, la jeunesse physique est à l'évidence le plus précieux et nous ne croyons plus aujourd'hui qu'aux biens terrestres.