Œuvre

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

En tout temps et dans tous les pays, la pensée des âmes méditatives fut un sujet de scandale.
L'avenir est un lieu commode pour y mettre des songes.
L'opposition est une très mauvaise école de gouvernement, et les politiques avisés, qui se poussent par ce moyen aux affaires, ont grand soin de gouverner par des maximes tout à fait opposés à celles qu'ils professaient auparavant.
Une compagnie formée exclusivement de grands hommes serait peu nombreuse et semblerait triste.
On verra des nuées de concussionnaires s'abattre sur le trésor public.
Les affaires d'un Etat sont d'une étendue que l'esprit d'un homme n'embrasse point.
Epicure affranchit les âmes des vaines terreurs.
Cet amas horrible de papier noirci qui moisit obscurément chez les bouquinistes.
Les lois sont bonnes ou mauvaises moins par elles-mêmes que par la façon dont on les applique.
Ce n'est donc pas l'auguste aéropage de la poésie et de l'éloquence.
Le grimoire d'un sorcier semble facile à comprendre en comparaison de plusieurs articles de nos codes et de nos coutumiers.
Quand Jeannot sera roi, il promulguera plus d'édits en un an que n'en colligea dans tout son règne l'empereur Justinien.
Nous avons renchéri sur la cruauté des bêtes féroces, qui ne se font point le mal sans raisons sensibles.
Il y a dans le talent une insolence qui s'expie par les haines sourdes et les calomnies profondes.
Les gouvernements sont comme les vins qui se dépouillent et s'adoucissent avec le temps.
La pensée tantôt chemine avec la sourde lenteur de la taupe, tantôt s'élance du vol de l'aigle.
Les vérités découvertes par l'intelligence demeurent stériles. Le coeur est seul capable de féconder ses rêves.
L'histoire est condamnée, par un vice de nature, au mensonge.
L'Etat est comme le corps humain. Toutes les fonctions qu'il accomplit ne sont pas nobles. Aussi en est-il qu'il faut cacher, je dis des plus nécessaires.