Œuvre

Les Contemplations (1856), II, L'âme en fleur, 20, Il fait froid

Fais de ton amour ton flambeau. On s'éclaire de ce qui brûle.
Doute du bonheur, fruit mortel ; - Doute de l'homme plein d'envie ; - Doute du prêtre et de l'autel ; - Mais crois à l'amour, ô ma vie !
Et puis laisse ton coeur ouvert ! Le coeur, c'est la sainte fenêtre.
Crois à l'amour, toujours entier, - Toujours brillant sous tous les voiles ! - A l'amour, tison du foyer ! - A l'amour, rayon des étoiles !
Aime, et ne désespère pas. - Dans ton âme, où parfois je passe, - Où mes vers chuchotent tout bas, - Laisse chaque chose à sa place.
Dans ta pensée où tout est beau, - Que rien ne tombe ou ne recule. - Fais de ton amour ton flambeau. - On s'éclaire de ce qui brûle.
Garde ton amour éternel. - L'hiver, l'astre éteint-il sa flamme ? - Dieu ne retire rien du ciel - Ne retire rien de ton âme !